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© Benoîte Fanton

À bras-le-corps, Dimitri Chamblas & Boris Charmatz / Opéra national de Paris

Après 20 danseurs pour le XXe siècle la saison dernière, l’Opéra de Paris intègre une nouvelle pièce de Boris Charmatz à son répertoire : le duo À bras-le-corps. Créé en 1993 avec Dimitri Chamblas, aujourd’hui directeur artistique de la « 3e Scène » plateforme numérique de l’Opéra de Paris, À bras-le-corps est la toute première pièce de Boris Charmatz (ils avaient à l’époque respectivement 17 et 19 ans). 24 ans que les deux hommes dansent ensemble ce duo, de la pelouse du festival d’Uzès (1996) à la Turbine Hall de la Tate Modern à Londres (2015).

Aujourd’hui interprété par les deux danseurs étoiles Karl Paquette et Stéphane Bullion, ce duo masculin est présenté sous les dorures de la Rotonde du Glacier de l’Opéra Garnier. Un lieu d’exception pour un dispositif scénique spécifique : les deux danseurs sont comme deux animaux en cage, encadrés par une centaine de spectateurs au sein d’un espace scénique quadrifrontal d’environ 25 m2 (contre les 1 350 m2 habituels de la scène de l’Opéra Garnier). Pendant une quarantaine de minutes les spectateurs seront donc au plus prés des étoiles, proxémie rare qui fait de cette rencontre un moment réjouissant.

Pieds nus et habillés tout de blanc, Karl Paquette et Stéphane Bullion sont déjà dans l’arène lorsque les spectateurs s’installent. Ils marchent et s’étirent une dernière fois avant de se jeter dans la bataille, car au delà d’être un duo, À bras-le-corps est aussi un duel. La partition chorégraphique est un véritable corps à corps intense et fatiguant, les muscles sont saillants, l’écriture du mouvement est quasi brute : les deux danseurs s’agrippent, se montent dessus, se portent et s’imbriquent avec force.

Éprouvant pas de deux silencieux, la respiration haletante des deux hommes tutoie des sporadiques Caprices pour violon de Niccolò Paganini. Le duo s’éclate parfois, offrant de courts soli à chacun des deux danseurs sous le regard de son partenaire assis entre des spectateurs du premier rang. L’engagement physique et l’énergie déployée par les deux danseurs sont salvateurs, mais soyons honnêtes, la virtuosité incontestable de Karl Paquette et Stéphane Bullion n’égalent malheureusement pas l’interprétation de Boris Charmatz et Dimitri Chamblas. Mais relever le pari de se réapproprier cette pièce emblématique, dansée plus de 150 fois par leurs auteurs d’origines, est déjà une véritable gageure.

Depuis qu’il assure la direction du Musée de la danse à Rennes en 2009, Boris Charmatz explore les possibilités synergique du groupe à travers des créations d’envergures. On lui doit notamment enfant (2011) avec 9 danseurs et une vingtaine d’enfants, manger (2014) avec 14 danseurs, Levée des conflits (2010) avec 24 danseurs, et sa prochaine création, 10000 gestes, réunira quant à elle 25 danseurs. Le « petit » À bras-le-corps n’a cependant rien à envier à ces « grandes » pièces.

Coutumier des pièces de groupe, Boris Charmatz ne délaisse pourtant pas la forme du duo dans laquelle il continue toujours d’officier aux cotés de figures féminines de renom : avec Emmanuelle Huynh dans boléro 2 et Étrangler le temps d’après les béloro d’Odile Duboc, ou encore dans Partita 2 (2013) au coté de la chorégraphe flamande Anne Teresa De Keersmaeker. Il continue également d’interpréter À bras-le-corps avec son comparse Dimitri Chamblas, duo qu’ils présenteront à La Briqueterie à Vitry-sur-Seine le 28 mars prochain dans le cadre de la 19e Biennale de danse du Val-de-Marne.

Au regard de l’ensemble de son oeuvre, cette première création détenait déjà les prémisses d’un travail chorégraphique expérimental et salutaire que Boris Charmatz n’a cessé de déployer et de remettre en question d’une pièce à l’autre depuis plus de 24 ans. Faire rentrer À bras-le-corps au répertoire de l’Opéra de Paris, à l’instar du précédent 20 danseurs pour le XXe siècle, révèle d’un véritable désir d’ouverture de l’institution à de nouvelles formes scéniques et chorégraphiques. Espérons que la nouvelle directrice de la danse Aurélie Dupont continuera ce travail amorcé par son prédécesseur Benjamin Millepied.

Vu à l’Opéra Garnier. À bras-le-corps, de Dimitri Chamblas et Boris Charmatz, avec Karl Paquette et Stéphane Bullion. Le 18 mars dansé par Dimitri Chamblas et Boris Charmatz. Musique Niccolò Paganini Caprices n°1, 10 et 16. Photo © Benoîte Fanton.

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Publié le 18/03/2017


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