| Qui nous sommes | Nous contacter ›


Aringa Rossa, coreographie de Ambra Senatore

Aringa Rossa, Ambra Senatore

La chorégraphe italienne Ambra Senatore présentait au Théâtre de la Ville un spectacle pour neuf danseurs – dont elle- même. Le titre même de la pièce est évocateur : Aringa Rossa, « harengs rouges » en italien, fait référence à un procédé très usité dans le cinéma, qui consiste à entraîner le spectateur sur une fausse piste afin de le surprendre ensuite par un revirement de situation inattendu. Le spectateur averti devrait-il donc garder la tête froide pour ne pas se laisser prendre aux pièges que lui tend la troupe ? Peut-être conviendrait-il plutôt qu’il se plonge avec délectation dans le jeu de pistes endiablé auquel elle l’invite avec enthousiasme…

A des élancées lyriques évoquant de véritables scènes de ballets succèdent de petites scènettes basées sur des gestes et des interactions du quotidien. D’anecdotiques scènes de rencontres dans la rue, de soirées animées ou de conversations téléphoniques sont alors fragmentées, restructurées, démultipliées. Elles donnent lieu à l’expression d’émotions violentes, souvent surjouées (fou rire, sanglots, cris d’angoisse), répétées à de multiples reprises ou contaminant l’ensemble des interprètes. Ainsi, alors que le spectacle est d’abord essentiellement dansé, le théâtre fait subrepticement irruption dans la danse, avant de devenir plus présent encore par le biais de quelques paroles : des fragments de dialogues et des jeux de mots s’incrustent dans la danse.

La mise en scène s’appuie sur une bande son éclectique, où se succèdent, s’entrecoupent et se répètent des morceaux de musique classique, des hits de musique électro contemporaine et des enregistrements de bruits incongrus du quotidien tels que le sifflement d’une bouilloire. Quelques accessoires disparates (un rouleau de scotch, des trousseaux de clefs, une bouteille en plastique et une bouilloire justement), qui disparaissent et réapparaissent indéfiniment, participent de cette impression que ces diverses situations, ces échos sont connectés entre eux comme les séquences d’un film qui auraient été tronquées et mélangées.

Les danseurs se délectent de ces jeux de (dé)compositions, semblant guetter avec malice les réactions du public. Celui-ci n’est pas en reste, silencieusement attentif aux instants de danse parfaitement interprété et riant aux éclats quant l’absurdité des situations prend le pas – avec humour et légèreté – sur la grâce du mouvement.

Certains mouvements de danse au ralenti forment des images très cinématographiques, tandis que les moments où le groupe est rassemblé et figé ne sont pas sans évoquer des tableaux de la Renaissance italienne. La prouesse d’Ambra Senatore et ses danseurs est d’avoir réussi à lier une esthétique gestuelle très personnelle à un humour désuet et absurde, dont l’apparence anodine participe à la création d’un univers à la beauté énigmatique.

Vu au Théâtre de la Ville à Paris. Chorégraphie Ambra Senatore, Assistants Aline Braz da Silva et Tommaso Monza. Avec Caterina Basso, Romain Bertet, François Brice, Claudia Catarzi, Matteo Ceccarelli, Pieradolfo Ciulli, Elisa Ferrari, Simona Rossi, Ambra Senatore. Projet sonore Igor Sciavolino, Ambra Senatore. Musiques originales Igor Sciavolino. Lumières Fausto Bonvini. Photo de Viola Berlanda.

Par

Publié le 18/02/2015


Partagez cette page


http://maculture.fr/danse/aringa-rossa-ambra-senatore/