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Catherine Gaudet

Au sein des plus raides vertus, Catherine Gaudet

Avec sa nouvelle création Au sein de nos plus raides vertus, Catherine poursuit le travail amorcé avec sa pièce Je suis un autre (2012) et continue de s’immiscer sous le masque des conventions sociales. La présence d’une certaine forme de performance, de théâtralité, de corps utilisés selon l’intégralité de leur potentiel, fait de cette création un objet hybride, laissant transparaitre l’écriture personnelle et affirmée de la chorégraphe canadienne.

Sur scène, quatre interprètes, torses nus, se partagent le plateau. Tout commence par un chant a capella avec lequel ils se dirigent vers les spectateurs, chacun essayant de prendre la place de l’autre. Regards public, lueurs qui brillent dans leurs yeux, ils semblent essayer de nous séduire, à chercher une approbation. Et c’est notamment cet aspect de notre société que la chorégraphe a voulu mettre en exergue. Le besoin que nous avons de plaire. Notre besoin d’approbation envers ce que nous faisons et ce que nous sommes. D’emblée, le spectateur est happé dans cette faille, entre le paraitre et le ressenti. Les zones d’ombre surgissent et mettent à mal la façade que les interprètes essaient de se construire, laissant ressurgir les peurs, les envies réprimées et les pensées inavouables. Sans le savoir, ils évoluent dans un espace limité à la recherche d’une issue possible.

Chacun dans leur monde, les danseurs expérimentent leur corps à travers l’autre, sans pour autant en faire cas. Le corps est présent mais sans l’être vraiment. Il se caressent, s’étreignent, se coiffent, se tâtent, faisant apparaitre de nombreux gestes quotidiens qui seront par la suite répétés et amplifiés. Par ces gestes simples, un même cadre social les rassemble. Mus par leur animosité, le langage n’arrive qu’après, faisant place à la voix, aux souffles, aux râles. Cette forte théâtralité se mêle à la danse, révélant des moments totalement absurdes emprunts d’humour noir.

Une énergie érotique reste présente tout au long du spectacle jonglant entre l’instinct, les peurs et les conventions sociales. L’angélique et le machiavélique se côtoient au son des musiques religieuses, révélant une dualité toujours présente dans le corps des danseurs. Ces quatre individus aspirent à la joie, à une reconnaissance sociale. Pour ça, ils essaient de réfréner leurs pulsions, laissant les conventions sociales prendre le dessus. Tel un ecclésiaste, l’un d’eux clamera : « On ne juge pas aux apparences », « On regarde avec les yeux du coeur ! ». Mais aucun compromis n’est possible. Ils ne peuvent préserver leurs apparences. Aux prises avec leurs contradictions, la moindre hésitation, émotion, ou sensation éclate au grand jour.

Des réactions exacerbées, des corps déformés, une constante présence de la folie… Au sein de nos plus raides vertus est une pièce dans laquelle on peut tout aussi bien se laisser happer que rester sur la touche.

Vu au TNP Villeurbanne dans le cadre de la Biennale de la Danse. Chorégraphie Catherine Gaudet. Danseurs Dany Desjardins, Francis Ducharme, Caroline Gravel, Annik Hamel. Musique Jacques Poulin-Denis. Scénographie Max-Otto Fauteux. Aide à la dramaturgie et aux répétitions Sophie Michaud. Création lumières Alexandre Pilon-Guay. Photographie de Mathieu Doyon.

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Publié le 05/10/2016


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