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José Carlos Duarte

Autointitulado, Cyriaque Villemaux & João dos Santos Martins

Avant de rencontrer Cyriaque Villemaux et João dos Santos Martins dans l’exposition Rétrospective de Xavier Le Roy au Centre Pompidou en mars 2014, leurs visages ne nous étaient pas inconnus. Nous avions croisé le premier pendant l’été 2013, dans une des salles du Palazzo Enciclopedico à la Biennale de Venise, en train de faire du beatbox dans une performance de Tino Sehgal. Le second à Avignon, le visage grimé de noir et blanc dans le fameux Monument 0 : Hanté par la guerre (1913-2013) de la chorégraphe hongroise Eszter Salamon.

Cyriaque et João ont tout deux fait leurs classes à P.A.R.T.S et sont respectivement diplômés du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et du master exerce (direction Mathilde Monnier). Le binôme, qui se revendique d’un héritage chorégraphique commun, co-signe et interprète ensemble le duo Autointitulado dans lequel il nous propose une traversée [en biais] de leur(s) histoire(s) de la danse au regard de leur parcours similaires.

Deux curieuses figures, dont les visages et les bras ont été recouverts d’une couche de maquillage blanc, font l’une après l’autre leur apparition sur le plateau. Cyriaque (en t-shirt bleu) et João (en t-shirt rouge) font face au public et se déchaussent tour à tour avant d’entamer une suite de mouvements à première vue abstraits. En solo ou en duo, ils vont danser accompagnés par la rumeur de la ville et par des vidéos projetées sur un fragment d’architecture qui fait office d’écran. Des images quotidiennes extraites de voyages personnels : un studio de danse aux murs décrépis où se promène un chat, la flore méditerranéenne, des rues et des villes anonymes qui viennent dialoguer avec les silhouettes labiles des deux danseurs.

Se distille alors peu à peu, dans cet enchaînement de séquence, un sentiment de déjà vu : les sauts d’un Sacre oublié, la figure désarticulée de Xavier Le Roy dans Self Unfinished, un solo échappé d’un ballet de Forsythe…. Au son des notes d’un piano éloigné ou de la musique qui s’échappe d’un night club, Cyriaque et João composent en tandem une juxtaposition de citations, un mashup chorégraphique ou se brouillent des images de notre culture – aussi bien populaire que savante – dans une superposition en palimpseste, à partir « d’improvisations filmées et effacées », ici signature d’un travail de mémoire¹ ravivé dans un catalogue de gestes empruntés à la high et low culture. De l’index d’E.T. aux grimaces de Kazuo Ohno, du voguing aux exercices du ballet classique, un incroyable appétit du geste qui met en lumière deux corps historiques², patrimoine d’un savoir kinesthésique.

Une excursion qui se terminera en vidéo par une déambulation dans une école de danse (le Conservatoire de Danse de Vienne), comme espace d’apprentissage et de mise en pratique des acquis, à l’identique de cette scène blanche [qu’ils auront arpenté avec fougue et virtuosité pendant plus d’une heure] au milieu de laquelle trône un porte manteau en attente. « Être artiste c’est aussi se présenter, présenter un moi à travers son travail. Si vous ne voulez pas que le public voit ce moi, vous vous maquillez »³ Le maquillage blanc qui finit par disparaitre sous l’effet de la transpiration trouve ici écho aux mots de Bruce Nauman.

En quête d’un renouveau. C’est exactement dans cette recherche où se situent Cyriaque Villemaux et João dos Santos Martins avec Autointitulado. En découdre avec les fantômes du passé, s’émanciper de ses pairs/pères et faire jaillir un geste nouveau, isolé de toute connotation, aussi bien affective qu’intellectuelle.

¹ Laurent Olivier, Le sombre abîme du temps. Mémoire et archéologie, La Couleur des Idées, Seuil, Paris, 2008, p.198.
² Frédéric Pouillaude, Le désoeuvrement chorégraphique, Essais d’art et de philosophie, Vrin, 2009, p.53.
³ Catalogue d’exposition Bruce Nauman, Image / Texte 1966-1996, Centre Pompidou, Paris, 1997, p.111.

Vu au Centre National de la Danse à Pantin dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Conception et interprétation : Cyriaque Villemaux et João dos Santos Martins. Création lumières Rui Monteiro. Photo de José Carlos Duarte.

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Publié le 26/05/2016


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