| Qui nous sommes | Nous contacter ›


ode

Hérétiques, Ayelen Parolin / Ode the the attempt, Jan Martens

Du 6 au 9 juin 2017, le Théâtre de la ville a accueilli un programme rassemblant deux spectacles courts. En première partie, Eyelen Parolin, argentine résidant à Bruxelles présente Hérétiques, créé en 2014, un trio pour deux danseurs hommes et une pianiste. Depuis 2004, elle développe un travail qui étudie précisément les corps sociaux, leurs assignations et leurs relations. En deuxième partie de soirée, c’est Jan Martens, chorégraphe belge croisant les approches conceptuelles et fictionnelles a priori opposées, qui présente son solo Ode to the attempt, créé lui aussi en 2014.

La première proposition, Hérétiques, trouve son origine dans un catalogue de gestes, 310 figures, combinaisons de mouvements de bras tranchants effectués avec force et tension, inspirés des arts martiaux. Rigoureusement synchronisés, les deux danseurs semblent ancrés dans le sol, les pieds enfoncés dans le tapis, alors qu’un éclairage en clair obscur leur donne une allure sculpturale. La musicienne, en retrait, produit des sons inédits à l’aide d’un piano droit, adoptant un jeu percussif directement sur les cordes de son instruments, ou frappant avec vigueur sur ses touches. Au fur et à mesure de l’intensification rythmique de la musique, les gestes des performeurs s’accélèrent, toujours plus précis, ceux-ci battant des bras comme des métronomes, jusqu’à atteindre un moment hypnotisant de rapidité, pour lequel de subtils décalages font office de grains de sables dans la mécanique bien huilée de la partition.

Dans une ultime séquence moins périlleuse mais tout aussi haletante, la tension semble à son comble, les regards des spectateurs hésitant en un aller-retour constant entre un performeur et l’autre, à l’affut d’infimes erreurs, de différences, de creux. Cette performance nous laisse sur l’impression d’avoir assisté à un étrange haka, une sorte de rituel masculin mettant aussi bien à l’épreuve la concentration des danseurs que l’attention du public.

Le chorégraphe Jan Martens, lui, présente un solo, composé de plusieurs séquences, comme autant de variations autour d’un même thème. Sur le plateau se trouve un bureau de fortune, le danseur attablé devant un bazar de fils, de prises électriques, de bouteilles d’eau à moitié pleine, avec son ordinateur. Le reste du plateau est vide, et sur le fond de scène est projetée l’image de son écran, sur lequel on peut voir se superposer une page Facebook, un flyer du spectacle, une playlist iTunes, une page Word blanche. Sur cette dernière, il ne tarde pas à écrire le programme de la performance, une sorte de sommaire exposant toutes les tentatives auxquelles il va s’atteler. La première impression est celle de surprendre le chorégraphe au travail dans le studio, se confrontant aux aléas de la création, s’essayant tour à tour aux « tentatives d’être minimaliste », « tentative de remercier les morts », « tentative d’être un garçon doux, gentil et charmant », ou encore à la « tentative d’envoyer un message caché à mon ex ».

A coup de pastiches bon enfant de ses maîtres (on reconnaît ici et là le style Keersmaeker par exemple) ou d’une autodérision bien sentie, le chorégraphe dresse ici son autoportrait, traversant une multitude d’attitudes et de registres. Tout au long de la performance, un même vocabulaire de geste est employé, énergiques, répétitifs, parfois violents : c’est en effet la même série de mouvements qui est rejouée, les intentions variant en fonction de la musique choisie. En cela, Jan Martens semble vouloir saisir les différentes facettes de sa personnalité sans la figer, tendant un fil entre l’intime et le public, s’autorisant, en exhibant une bonne dizaine de selfies pris à différents moments de sa vie, un joyeux cabotinage.

Loin de produire l’image d’un nouveau courant émergeant qui rassemblerait les tenants de cette « nouvelle vague belge », cette soirée insiste sur la diversité des pratiques et des approches, exposant des esthétiques latéralement opposées mais toutes deux marquées par le désir de se laisser aller au plaisir de danser.

Hérétiques : concept & chorégraphie Ayelen Parolin, interprétation Marc Iglesias & Gilles Fumba, composition musicale et interprétation Lea Petra, dramaturgie Olivier Hespel, création lumières Colin Legras, costumes Stéphanie Croibien. Ode to the Attempt : de et avec Jan Martens. Photo Ode to the Attempt / Phile Deprez.

Par

Publié le 15/06/2017


Partagez cette page


http://maculture.fr/danse/ayelen-parolin-jan-martens/