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Marilène Bastien

Bang Bang, Manuel Roque

Après avoir programmé sa précédente pièce DATA au CDC Atelier de Paris en juin 2015, le festival June Events réitère son invitation au danseur et chorégraphe canadien Manuel Roque, en programmant cette année sa dernière création Bang Bang, solo qui explore une nouvelle fois les possibilités d’un corps athlétique mis sous tension. Cet ancien circassien passé par la célèbre troupe de cirque canadienne Eloïze avant de faire ses armes dans différentes compagnies, dont celle de la chorégraphe Marie Chouinard, n’a cessé depuis de cultiver un évident désir de dépassement physique.

Avec Bang Bang, il continue d’explorer ces interstices troubles où le corps flirte avec ses propres limites. La partition chorégraphique de ce nouvel opus est minimale : le chorégraphe et danseur y explore différentes techniques de sauts, des simples flexions sur places aux combinaisons de pas suspendus déployées dans l’espace. Seul sur un plateau entièrement vide, il va traverser plusieurs étapes qui vont progressivement l’amener vers un état second d’épuisement, où la fatigue va peu à peu laisser place à un désir tenace de se surpasser.

Sur le rythme d’un métronome, ses premiers sauts impriment une cadence qui s’annonce déjà épuisante : sa respiration s’accélère, devient vite audible, accompagne chacune de ses flexions. Face à face avec le public en pleine lumière, le regard de Manuel Roque feint la provocation. Le simple saut va se décliner en plusieurs variations, allant puiser dans différents styles de danse, des claquettes à un dérivé du jumpstyle. L’effort est ici visible et mis en scène, son t-shirt trempé de sueur en est le témoin : sa transpiration fait peu à peu baver les couleurs du dessin qu’il affiche, effaçant au fur et à mesure du temps de la performance l’image dessinée sur le tissu blanc.

Si ces premières minutes du spectacle laissent présager une belle proposition, la suite de la performance s’étiole rapidement. Le son du métronome et le plein feu vont progressivement se faire contaminer et remplacer par une bande sonore inopinée (des conversations de 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, ou encore des fragments audio de Claude Debussy), des étranges jeux de lumières ou encore un léger brouillard. Ses différents artefacts vont surcharger en vain notre lecture du geste et son appréhension, en dépit d’un objet chorégraphique – sans nul doute avec des atouts séduisants – qui aurait mérité d’être épuré de ces artifices.

Cet intérêt des chorégraphes pour le saut n’est pas nouveau, rappelons les sauts mythiques de Nijinky dans le Spectre de la rose en 1901, ou encore les sauts du scandaleux et célèbre Sacre du printemps en 1913. Ces dernières années nous avons pu également voir sur les scènes une recrudescence de projets portés par ce motif chorégraphique. Citons la performance Sisyphe de la chorégraphe Julie Nioche (en solo, duo, en groupe) sur la musique The End des Doors, le marathon The dog days are over du chorégraphe flamand Jan Martens, la séance sportive revisitée d’Aerobics! de l’allemande Paula Rosolen (1er prix Danse Elargie 2014), Folk-s de l’italien Alessandro Sciarroni à partir des danses traditionnelles bavaroises, ou encore le tout récent To Da Bone du collectif français (LA) HORDE (2ème prix Danse Elargie 2016) avec des danseurs de jumpstyle.

Bien que ces précédents projets puisent chacun leurs racines dans des recherches esthétiques, historiques, chorégraphiques différentes, ils sont tous portés par un sentiment commun : faire l’expérience de ses propres limites physiques. Qu’il le revendique ou non, Manuel Roque s’inscrit avec Bang Bang dans cette série de pièces qui gravitent autour de ces préoccupations. Et même si cette performance relève d’une certaine gageure de sa part, elle reste cependant un objet quelque peu insipide comparée à la radicalité de ces autres productions.

Vu au CDC Atelier de Paris dans le cadre du festival June Events. Chorégraphie et interprétation Manuel Roque. Répétitrices et conseillères artistiques Sophie Corriveau et Lucie Vigneault. Dramaturgie Peter James. Costumes et scénographie Marilène Bastien. Lumières Marc Parent. Trame sonore Manuel Roque avec des extraits de Debussy, Chopin, Merzbow, Tino Rossi, 2001 Space Odyssey, Tarkowky. Photo de Marilène Bastien.

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Publié le 21/06/2017


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