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Boris Charmatz et Emmanuelle Huyhn

[Fous de danse] Boléro 2, Boris Charmatz & Emmanuelle Huynh

En clôture de l’événement fleuve Fous de danse qui s’est déroulé au 104 à Paris le 1er octobre dernier, était présenté le duo Boléro 2, créé en 1996 par Odile Duboc, dansé par ses deux interprètes originaux Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh. Au centre de l’immense nef du 104 quasi-vidée de son public (plus de 10000 personnes s’y été pressées durant la journée), aux alentours de 21h30, les spectateurs encore présents se  sont regroupés en cercle autour des deux danseurs encore immobiles. Les premiers coups de caisse claire du Boléro de Ravel se sont fait alors entendre.

Odile Duboc est nourrie de la pensée élémentaire de Gaston Bachelard. Avec le Projet de la matière en 1993, ou Rien ne laisse présager de l’état de l’eau en 2005, notamment, elle propose des chorégraphies de groupe, travaillant une matière chorégraphique parfois improvisée, soumise au rythme de ce qu’elle appelle la « musique intérieure ». Les corps sont fluides, comme en état d’apesanteur, dégoulinants, tour à tour légers et lourds. En commençant en 1994 la création des Trois Boléros, elle décide de confronter son travail à la musique. L’idée est d’éviter que la chorégraphie se fasse avaler par la musique, de produire des corps dansant résistants au crescendo de Maurice Ravel. Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh ont décidé, après le décès de la chorégraphe en 2010, de continuer à montrer le duo Boléro 2, clef de voute de la pièce, comme une sorte d’hommage.

Au début de l’extrait, les deux silhouettes se mettent lentement en mouvement. Sculpturaux, les corps des deux danseurs semblent très massifs. Les dos sont ronds, musculeux, les bras détachés du corps, les appuis ancrés au sol. Peu à peu, les corps se tordent au son des boucles hypnotisantes du Boléro. Pendant la création, Duboc avait montré aux danseurs les oeuvres de Camille Claudel, parmi lesquelles Les Causeuses (1897), ou encore La Valse (1883-1901). Notons que tout comme Auguste Rodin, son partenaire, Claudel était plus volontiers modeleuse que sculptrice. C’est directement depuis la glaise que ses figures étaient façonnées. Dans l’écriture d’une vaste poétique de la matière, c’est cette fois à la terre que Duboc s’intéresse.

Les corps connaissent un lent mouvement giratoire. Fixement ancrés dans le sol, les deux danseurs entrent parfois en contact, comme attirés l’un par l’autre, puis s’éloignent, un restant immobile, l’autre se replaçant différemment. Les pieds d’Emmanuelle Huynh décollent parfois du sol alors qu’elle s’agrippe à son partenaire. Les figures rappellent, aux delà des oeuvres de Claudel, certains groupes de Rodin, le Fugit Amor (1885), ou Amour et Psychée (1885). Petit à petit, le monument s’écroule, comme si les membres, les têtes, les cuisses pesaient des tonnes, jusqu’à se poser, toujours dans cette même qualité pesante de mouvements, au sol.

La version du Boléro utilisée pour cette pièce, celle de Sergiu Celibidache, est relativement douce. La caisse claire est plus discrète qu’à l’accoutumée, le tempo un petit peu plus lent. À rebours de la dramaturgie du morceau du musique qu’elle choisit, qui opère dans un puissant crescendo d’une petite vingtaine de minutes le déploiement d’une énergie tournoyante, Odile Duboc contraint les corps, en en travaillant la matière chorégraphique comme elle malaxerait de la terre.

Fous de danse : Production Musée de la danse / Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne, avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings. Coproduction CND Centre national de la danse, Festival d’Automne à Paris. Boléro 2, duo extrait de Trois boléros d’Odile Duboc, 1996. Interprètes : Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh. Photo © Martin Argyroglo.

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Publié le 21/10/2017


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