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DorothéeThébertFilliger

Claptrap, Marion Duval with Marco Berrettini

“You’re just too good to be true, Can’t take my eyes off you, You’d be like heaven to touch, I wanna hold you so much, At long last love has arrived, And I thank God I’m alive, You’re just too good to be true, Can’t take my eyes off you.”

Frankie Valli, Can’t take my eyes off you

Clap. Elle est née en 1984, travaille et vit à Genève dans le milieu du théâtre après avoir étudié le ballet et la danse contemporaine au Conservatoire Régional de Nice. Trap. Lui est né en 1963, remporte le championnat allemand de danse disco en 1978 avant de rejoindre la London School of Contemporary Dance et la Folkwangschule Essen sous la direction de Hans Züllig et Pina Bausch. Depuis 1999, il a produit une trentaine de pièces avec sa compagnie *MELK PROD. Claptrap. Elle et lui se sont rencontrés en 2014, ont eu une relation désormais terminée dans l’intimité mais qui se poursuit sur les planches dans un show en duo intitulé Claptrap. L’expression désigne des dispositifs théâtraux, des gags qui incitent à applaudir mais aussi un verbiage, un flot de paroles dont le sens n’est pas toujours net. Un flot débité par Marion Duval et Marco Berrettini à propos de leurs relations. Une exhibition de leur couple durant laquelle presque toutes les attentions, toutes les fantaisies et tous les coups sont permis. Une exhibition improvisée qui au Schauspielhaus de Vienne, ces 3 et 5 août 2016 lors de ImPulsTanz – Vienna International Dance Festival, entre proximité et distance, confession et mythomanie, comédie et drame. Retour sur ces traps qui ont suscités beaucoup de claps.

Dans Claptrap, le verbiage, le bavardage, le remplissage sont continus. Un verbiage en anglais pour ces deux dates, public international oblige. Le débit est fluide, le vocabulaire approximatif mais toujours communicatif et l’accentuation entre le français suisse, l’allemand et l’italien. Le public est accueilli par elle et lui, adossés entre le premier rang et la scène surélevée, le rideau blanc cassé dans le dos. On se sent comme à une réception. Une réception durant laquelle assis parmi une centaine de convives, on regarderait ces deux (ex)amoureux déballer leurs histoires, leurs caractères, leurs impressions. Lorsqu’ils prennent la parole, le charme opère immédiatement. Marion Duval a un sourire espiègle, séducteur, qu’elle partage avec Marco Berrettini. Difficile de ne pas sourire, rire en retour de leurs jeux de mots, blagues, clins d’œil. Tout est prétexte à rire : le fait d’être conviés à un festival de danse, l’écart d’âge entre eux, une coupe de champagne, le boyfriend de Marion Duval présent dans la salle, etc. Il est délicat de discerner les traps qui ont été préparées de celles qui suivent l’inspiration du moment. Il y a d’emblée une admiration pour cette capacité à donner l’apparence de l’improvisation, à retenir l’attention de la salle, à se sortir de n’importe quel trap.

Marion Duval, qui a conçu et écrit le spectacle, aime agacer et aguicher, comme durant une longue partie chantée faux, impatientant tout le monde, et qu’elle conclut par un jeu avec le micro et le rideau que toute la salle applaudi. Marion Duval se glisse parfois dans un rôle de vipère qui, en étant sans aucune complaisance pour elle-même, mord son partenaire, le public, la terre entière, doigts d’honneurs et insultes compris. Marco Berrettini, quant à lui, est un modérateur, un contrepoids aux extravagances de Marion Duval, mais aussi un magicien. Un magicien des mots en plus d’en interpréter un dans un numéro qui reprend les codes du genre, insiste sur les maladresses. Un magicien dont on ne sait jamais s’il assiste ou est assisté par Marion Duval tant le couple s’équilibre sur scène. Une magie faite de trucs à peine masqués mais qui opèrent, donne l’envie de croire à leurs histoires qui se jouent dans différents décors pleins d’accessoires. Des accessoires qui servent à multiplier les digressions et dont le clap final est repoussé jusqu’au l’épuisement, un clap qui ne départage plus la scène de ce qu’il y a en-dehors. Les débuts et les fins, partout, tout le temps. Le couple formé par Marion Duval et Marco Berrettini se mue sur scène au fil des représentations. Un amour de la scène sur scène exceptionnel, comme cette interprétation par Marco Berrettini de Can’t take my eyes off you de Frankie Valli. Trap. Clap.

Vu au Schauspielhaus dans le cadre d’ImPulsTanz – Vienna International Dance Festival. Conception : Marion Duval. Interprétation : Marion Duval et Marco Berrettini. Collaboration artistique : Louis Bonard. Dramaturgie : Adina Secretan. Scénographie : Florian Leduc. Costume : Severine Besson. Sculpture : Djonam Saltani. Lumière : Antoine Frammery. Son : Olivier Gabus. Chorégraphie claquettes : Noémie Maton Dujardin. Peinture : Aurélien Patouillard. Photo de Dorothée Thébert Filliger. 

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Publié le 05/08/2016


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