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Marilène Batien

Data, Manuel Roque

C’est en 2014 que le chorégraphe et danseur Manuel Roque signe Data, une création à l’image de son domaine de recherche, où les thématiques de l’absurde et du néant cohabitent pour donner lieu à un métissage de formes. Il nous entraine, entre le gigantesque et le minuscule, à l’intérieur d’une mémoire collective.

Paisible et lunaire, Manuel Roque entre sur scène et sans attendre nous embarque dans les replis de son corps et de ses multiples facettes. Il crée un tourbillon de matières, de démultiplications d’identités et de déstructurations organiques.

Sans discontinuité, le corps se déforme, se désarticule, oscillant entre beauté et monstruosité spectaculaires. Poussées dans leurs extrêmes limites, les matières se révèlent et s’entrechoquent. Elles forment des lignes de tensions avec un étrange rocher métallique habitant la scène. « Le goût du risque », que le chorégraphe garde et fait émerger de sa pratique circassienne, nous transporte, nous surprend et nous happe à chaque seconde. Le regard du spectateur reste suspendu à son corps, à son souffle, à un plaisir assumé de se mouvoir. Parce que oui, cette satisfaction est bien là, et elle ressort de tous ses pores.

Porté par le Requiem de Fauré, musique et voix semblent d’autant plus sculpter le corps du danseur dans ses moindres interstices. Elles entrainent le spectateur dans une infinité d’évocations et de substances, toutes plus éloquentes les unes que les autres. Il se retrouve plongé dans une atmosphère cosmique, flottant dans un infime espace entre réel et imaginaire.

Aucun contact physique ne s’établira avec cette matière minérale avec laquelle le danseur cohabite. Son existence tient à sa présence, matérielle et informelle, aux regards que lui porte son partenaire de jeu et à l’espace qu’elle structure de manière verticale et horizontale. Elle sublime le propos du chorégraphe et la tension palpable entre l’homme et la matière.

Après trois ans de recherche, Manuel Roque dévoile un geste et une identité chorégraphique singulière construite autour d’un amalgame de références. Sa volonté est d’évincer toute trace de figuration, laissant ainsi le spectateur libre de s’approprier le contenu de sa matière et son intemporalité. La générosité qui émane de cette virtuosité physique et kinesthésique retient toute notre attention. Le regard que nous porte cet homme fait naître un sourire au coin du visage, une sensation de vide et de plein intersidéral.

Vu aux Subsistances à Lyon dans le cadre du festival Le Moi de la Danse. Chorégraphie et Interprétation Manuel Roque, Répétitrices/ Conseillères Artistiques Ginelle Chagnon, Indiana Escach, Lucie Vigneault ,Scénographie : Marilène Bastien, Lumières François Marceau, Direction de Production Judith Allen, Direction technique en tournée et régie Karyne Doucet-Larouche, Musique Gabriel Fauré – Requiem, Production Cie Manuel Roque, Photographie de Marilène Batien. 

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Publié le 20/01/2016


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