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À la douleur que j’ai, Virginie Brunelle

Reconnue au Québec et à l’international dès ses premiers pas de jeune chorégraphe, Virginie Brunelle propose avec cette cinquième et nouvelle création, À la douleur que j’ai, encore beaucoup de sensibilité et de singularité. À la manière de Foutrement (2010) et du complexe des genres (2011), nous retrouvons le thème de la relation amoureuse, mais aussi cette étude de l’humain qui jalonne son parcours.

Cinq danseurs de corporéités et d’expériences différentes forment une sorte de petite communauté dont les liens vont perpétuellement se reconfigurer tout au long du spectacle. Grâce au jeu d’éclairage et à un long silence, ils nous apparaissent au début comme sur une veille photo ou un tableau de la renaissance. On pourrait aussi penser à une sorte d’ellipse cinématographique. De courtes séquences de musiques pour la plupart classiques vont ensuite rythmer les tableaux vivants suivant.

Le délicat camaïeu de roses poudrés associé conventionnellement à la danse classique est ici revisité : les danseurs ne portent ni tutu ni académiques mais des costumes aux allures de prêt-à-porter contemporain. Cette intention de déconstruire les codes traditionnels de la danse est ici bien marquée, même dans la scénographie. Les lumières viennent d’ailleurs refroidir ces tons roses pour apporter une subtilité supplémentaire.

Ce mélange de dramaturgie à la chorégraphie n’est sans évoquer le théâtre dansé de la célèbre chorégraphe allemande Pina Bausch : la complexité des relations humaines est ici prétexte à la composition chorégraphique. Bien qu’une grande rigueur soit présente dans l’exécution des mouvements, le côté humain plus intuitif donne de la personnalité aux côtés parfois très lisses de la danse académique. Tour à tour, les corps respirent, pleurent, s’enlacent et s’embrassent entre les prouesses techniques de tours, portées et jetées. Une fine lenteur vient contraster avec des passages plus rapides, voir violents, toujours dans une très belle harmonie.

On assiste alors à cette quintessence de puissance et de vulnérabilité qui fait aussi parti d’une certaine poésie du quotidien dans la vie courante. La jeune chorégraphe affirme de nouveau son style singulier dont on apprécie l’humanité. Entre attirance et répulsion, douceur et fermeté, décalage et synchronicité, elle nous donne à voir l’imperfection de l’existence humaine en constante évolution. De la première respiration aux tours de forces et aux chutes, le langage corporel évoque une certaine douleur nostalgique inspirée des vers de Soirs d’hiver de Nelligan. Souvenir heureux ou douloureux, la beauté est parfois cruelle.

Vu à l’Usine C à Montréal. Chorégraphie : Virginie Brunelle. Interprétation Isabelle Arcand, Sophie Breton, Claudine Hébert, Chi Long, Milan Panet-Gigon, Peter Trosztemer. Dramaturgie Stéphanie Jasmin. Répétitrice Anne Lebeau. Conception sonore : Virginie Brunelle et Jean Gaudreau. Conception lumière Alexandre Pilon-Guay. Costumes : Marilène Bastien et Elen Ewing. Direction technique et régie Julie Véronneau. Direction de production Emilie Martel. Co-présentation Agora de la danse et Usine C. Photo de Robin P.Gould.

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Publié le 26/11/2016


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