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Stofleth

Drumming Live, Anne Teresa de Keersmaeker / Opéra de Lyon

Qualifiée de chef-d’oeuvre à maintes reprises par les critiques, Drumming live (1998) est une des pièces des plus représentatives de l’oeuvre d’Anne Teresa de Keersmaeker. Principalement inspirée par la musique de Steve Reich, on retrouve dans cette composition sa recherche fondamentale de géométrie, aussi bien visuelle que sonore. Après avoir elle-même interprété Fase en 1982, la chorégraphe développe sa réflexion sur le motif dans l’écriture chorégraphique, tout en poursuivant sa collaboration avec le musicien. C’est d’ailleurs sur ce parti-pris caractéristique que sera basé plus récemment Vortex Temporum (2013) et Work/travail/arbeid (2015).

Sans préambule, les percussions ouvrent avec leurs rythmes entêtants un grand ballet de lignes dessiné par les danseurs. On imagine une mégalopole dont le flux humain s’anime dès l’aube à la lueur des néons, sur les routes, dans les couloirs de métro ou dans les grands bureaux. Les citadins s’entrecroisent dans un trafic incessant. Ici sur scène, la frénésie des villes occidentales est bien vite transformée en une joyeuse énergie qui se teinte d’influences africaines. Baignés dans une lumière opalescente qui évolue comme au cour d’une journée, danseurs et musiciens génèrent un tourbillon  qui se nuance par les canons. Le phasing inventé par Steve Reich emporte dans sa boucle sonore le motif chorégraphique, nous amenant progressivement à une sensation d’étourdissement. Les rythmes se répètent, et deviennent peu à peu décalés par les variations d’instruments ainsi que les déplacements des danseurs. Le spectacle repose donc sur un sens aigu de la synchronisation rythmique de la part de ses interprètes.

On peut voir cette chorégraphie comme une sorte de feu d’artifice alimenté tour à tour par la respiration des groupes. Jouée en live, la remarquable musique d’Ictus augmente d’ailleurs l’aspect solaire que dégage l’ensemble. Initialement travaillée dans Fase, la structure en spirale sert là encore de base dans l’organisation de la chorégraphie dans l’espace. Les danseurs restent libres d’expression mais ils suivent rigoureusement les motifs de spirale et d’étoile à mesure de la partition musicale. Le génie d’Anne Teresa de Keersmaeker consiste notamment à allier cette pensée très architecturale de la danse à un « flow » plus naturel et sensuel. L’effet est particulièrement intéressant dans cette pièce où l’association des courbes et des mouvements rectilignes forment une dynamique étonnante.

Toute la chatoyance des danseurs, des voix, ainsi que la diversité des instruments de peau, de bois, de métal est ici synthétisée par une précision d’écriture propre à la chorégraphe. La signature radicale de Dries Van Noten pour les costumes ne fait que sublimer l’extrême maitrise de ce minimalisme. La gamme colorée contribue également à l’enchantement scénique: les dégradés orangés sur les tenues blanches correspondent harmonieusement au jeu de lumière opalescentes composé par Jan Versweyveld. Avec Drumming live, Anne Teresa de Keersmaeker élève la danse dans ses impulsions les plus vitales, nous rappelant que le spectacle de cette joyeuse floraison est avant tout la culture d’une discipline infinie engageant le corps au quotidien.

Vu à l’Opéra de Lyon. Créée par la Compagnie Rosas en 1998. Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker. Musique Steve Reich. Scénographie et lumières Jan Versweyveld. Costumes Dries Van Noten. Ballet de l’Opéra de Lyon. L’ensemble Ictus / Direction musicale Georges-Elie Octors. Photo Stofleth.

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Publié le 11/04/2015


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