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ANNE_TERESA_DE_KEERSMAEKER_DRUMMING_LIVE (Saison 2016-2017)

Drumming Live, Anne Teresa De Keersmaeker / Opéra national de Paris

Difficile d’être passé à coté du raz-de-marée Keersmaeker cette année, les férus de la chorégraphe flamande ont été servis cette saison ! Après la création de l’opéra Così fan Tutte en janvier dernier au Palais Garnier, les re-créations de Rain (2001) et du mythique Rosas Danst Rosas (1984) avec une nouvelle génération d’interprètes, et une nouvelle version d’A Love Suprême (2005) pour 4 danseurs, la chorégraphe est aujourd’hui à l’Opéra Bastille avec sa pièce Drumming Live, désormais au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Pièce phare du répertoire de la compagnie Rosas, Drumming est créée en 1998 à partir de la partition musicale éponyme du compositeur Steve Reich. Depuis ses premières créations au début des années 80 jusqu’aujourd’hui, Anne Teresa De Keersmaeker n’a jamais cessé de tisser des liens étroits entre danse et musique, et notamment avec l’oeuvre de Reich. En témoignent deux autres pièces majeures de la chorégraphe également créées sur la musique du compositeur américain : le duo Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich (1982) et Rain (sur Music for Eighteen Musicians). Depuis 2000, Drumming est rebaptisée Drumming Live lorsque la pièce est interprétée sur scène avec les musiciens de l’Ensemble de musique Ictus.

À l’orée d’un grand tapis de sol orangé et d’un grand rideau blanc, des instruments de musiques (marimbas, bongos, glockenspiels) sont alignés en fond de scène. La scénographie et les lumières sont signées par Jan Versweyveld : déroulés horizontalement sur la surface du plateau, les extrémités de chaque laize sont toujours enroulées autour de leurs cylindres. À cour, seul un gros rouleau orange n’a pas été déroulé et laisse apparente une bande noire tapissée par des motifs étoilés orange.

De part et d’autre de la scène, les danseurs attendent tandis que les derniers spectateurs sont en train de prendre place dans la salle. Leurs costumes (dessinés par Dries Van Noten) est un camaïeu de noirs et blanc : robes courtes ou pantalons, chemises ou débardeurs, des silhouettes unies ou bicolores. Seule une danseuse porte un fin gilet blanc dont les extrémités présentent un dégradé du blanc vers l’orange.

Un musicien surgit de derrière le grand tissu blanc qui fait office de fond de scène et s’installe devant une rangée de bongos. La première percussion retentit et le plateau s’illumine aussitôt : une première danseuse – le soir de la première la merveilleuse Juliette Hilaire – s’élance subitement au milieu de ce paysage orangé et entame un vif solo accompagnée par les seuls battements du tambour avant d’être rejointe progressivement par d’autres danseurs qui reprennent à l’unisson, en canon, en miroir, la même phrase chorégraphique. Cette première séquence révèle la trame de Drumming : la chorégraphie suit la construction et l’évolution rigoureuse de la partition de Steve Reich, basée sur la répétition et le séquencement en quatre parties aux timbres différents d’un unique motif rythmique.

Le flot ininterrompu de musique accompagne les douze danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, tous parfaitement à l’aise dans le vocabulaire précis et vigoureux de la chorégraphe. Le mouvement semble jaillir de toute part, déferle dans l’espace du plateau, jusqu’à en déborder parfois. Des danseurs s’installent volontiers à la périphérie du décors, regardant leurs partenaires danser avant de s’élancer à nouveau. Au fur et à mesure du spectacle, certaines danseuses enfilent de nouveaux costumes colorés : une robe argentée et des gilets rouges orangés.

Si la signature rythmique de la pièce est faite de ralentis et d’accélérations incessantes, les trajectoires s’inscrivent en lignes droites ou en spirales, et la partition chorégraphique fait se succéder solos, duos, trios ou séquences de groupe. L’écriture effervescente des corps dans l’espace rappelle certaines séquences de Rain, pièce caractérisée comme la « soeur jumelle » de Drumming, également rentrée en 2011 au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Dix neuf ans après sa création, Drumming brûle toujours avec autant d’intensité et c’est un véritable plaisir de voir aujourd’hui ce chef-d’oeuvre de la danse rentrer au répertoire d’une maison telle que l’Opéra de Paris. Après Rain en 2011, Die Grosse Fugue (1992), Quatuor n°4 (1986) et Verklärte Nacht (1995) entrées au répertoire du Ballet en 2015, Anne Teresa De Keersmaeker offre avec Drumming Live une nouvelle fois un beau cadeau au Ballet de à l’Opéra de Paris, qu’il serait dommage de rater.

Chorégraphie Anne Teresa de Keermaeker. Musique Steve Reich (Drumming, 1971). Scénographie et lumières Jan Wersweyveld. Costumes Dries Van Noten. Assistants de la chorégraphe Marta Coronado, Cynthia Loemij, Jakub Truszkowski. Musiciens Ensemble Ictus. Voix Synergy Vocals. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris (en alternance) Alice Renavand, Juliette Hilaire, Muriel Zusperreguy, Charlotte Ranson, Letizia Galloni, Awa Joannais, Katherine Higgins, Sofia Rosolini, Caroline Robert, Miho Fujii, Sae Eun Park, Aurélia Bellet, Alice Catonnet, Florian Magnenet, Matthieu Botto, Adrien Couvez, Takeru Coste, Marc Moreau, Jérémy-Loup Quer, Axel Ibot et Daniel Stokes. Photo © Agathe Poupeney / Opéra National de Paris.

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Publié le 06/07/2017


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