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Photo © Jean-Claude Carbonne

La Fresque, Angelin Preljocaj

La dernière création du chorégraphe Angelin Preljocaj, La Fresque, se veut l’adaptation dansée d’un conte traditionnel chinois. Un duo amoureux s’oublie dans un songe pictural semé d’embûches, ici mis en scène au prisme d’une réflexion sur l’image et son reflet. Dix danseurs dont deux solistes animent ce ballet pensé comme une juxtaposition de tableaux, dans lesquels l’ardeur du mouvement semble quelque peu absente.

La Fresque s’ouvre sur une danse guerrière, véritable scène d’exposition et de bravoure où deux danseurs rampent au sol, se hissent et tournoient sur les genoux, sautent à pieds joints et se défient l’un contre l’autre. À ce duo masculin répond le sextet des femmes, présentées comme dans un tableau, séparées des hommes désormais à l’avant-scène par un écran translucide. La scène est davantage picturale, statique aussi, puisqu’assises sur un socle surélevé elles se contentent de fouetter l’air de leurs chevelures dénouées : la coiffure est partout érigée en emblème fétichiste d’un idéal féminin suranné. Les lourds rideaux qui les encadrent de près accentuent la perception de profondeur et les jeux de reflets, au sein d’un univers conçu par la scénographe Constance Guisset, tout en gracieuses volutes et nuées numériques. Un véritable écrin pour laisser se déployer la singulière gestuelle du chorégraphe, ici resserrée autour de quelques gestes fondateurs, sans cesse éprouvés d’un tableau à l’autre : un mouvement fluide de balancier où le buste s’enroule jusqu’aux épaules, les paumes de mains offertes à la récolte jusqu’à terre. Chaque impulsion semble se déployer comme en apesanteur, nourrie de multiples inspirations, lascives ou circassiennes.

La pièce s’étire alors à la manière d’un songe éveillé, multipliant les effets d’enchâssement ; l’ensemble paraît pourtant sans épaisseur tant la partition gestuelle très touffue semble figée, encore affaiblie par la musique de Nicolas Godin (du duo Air), éthérée et parfois insipide. Les attitudes maniérées des deux solistes et leur romance s’y perdent en fioritures superflues.

On en retient pourtant quelques belles images, comme ce voluptueux tango où les duos d’interprètes semblent se décupler, à la manière d’une image chronophotographique. Ils se dispersent ensuite pour une danse chorale à la cadence effrénée, sans cesse accélérée où les gestes fusent et fourmillent jusqu’à saturation. Se détache aussi ce trop bref solo d’un danseur masqué et vêtu d’une tunique à longues franges qui oscille comme un pendule désarticulé, au son d’un accord de clochettes tintinnabulantes. Ailleurs les très nombreux tableaux ternissent ces furtifs instants d’ivresse par leur trop grand désir d’éclat, et la danse tente vaillamment de s’y frayer un chemin. La succession souvent décousue de scènes disparates laisse l’impression que les corps ne se livrent qu’en surface, bien loin du projet d’une romanesque aventure éprouvée à la mesure des corps des danseurs. Malgré ses somptueux écrans de fumée, cette Fresque très clinquante sonne faux.

Vu à la Maison des Arts et de la Culture de Créteil. Chorégraphie : Angelin Preljocaj. Musique Nicolas Godin. Costumes Azzedine Alaïa. Décors et vidéos Constance Guisset Studio. Lumières Éric Soyer. Danseurs : Clara Freschel, Nuriya Nagimova, Nagisa Shirai, Anna Tatarova, Yurié Tsugawa,Sergi Amoros Aparicio, Marius Delcourt, Antoine Dubois, Jean-Charles Jousni, Fran Sanchez. Photo © Jean-Claude Carbonne. 

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Publié le 05/03/2017


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