| Qui nous sommes | Nous contacter ›


Margot Videcoq.

Inês, Volmir Cordeiro

Inês : titre, adresse, personnage. Une femme, dit-il. Dans ce solo, Volmir Cordeiro parle d’une femme, une chorégraphe qui trouve dans la danse l’espace de l’exposition de soi. Le spectacle comme climax sur sa propre personne. Elle est un personnage fictif et réel, part de celui qui porte. Hétéronomie a t-on dit pour Pessoa, Cordeiro est Brésilien. Il fut un temps danseur dans la compagnie de Lia Rodrigues, puis interprète pour Xavier Le Roy, il a pu également étendre ses espaces au sein de la formation essais du CNDC, au temps regretté où Emmanuelle Huynh y était directrice.

Abruptement, nous voilà saisit par la musique-sursaut-fête. Il entre dans l’espace, lentement, haute stature sur pointe de pied, regard fixe. Il se dirige vers le fond, après avoir maintenu le suspens, il appelle notre attention monofocale jusqu’à l’étrangeté de sa posture sur jambes-autruches, il dit Inês: femme-je-veux-être-vu. Des consonnes accentuées par le brésil natal, lentement. Inês qui de vouloir être face au yeux, veut être dans les bouches, que désire-t-elle? Le corps hautain, les jambes ouvertes sur ses frasques, et détendus, Volmir Cordeiro devrait dire le mot sexuel : mais il ne le dit pas. Et nous l’avons dit -c’est doux ainsi- la pensée circulera plus sensuellement jusqu’à nos méninges éveillées au propos.

Maintenant, il passe à la troisième personne, « Inês elle », à la seconde  » nous ». Inês s’incarne. Finalement, peut être ce sont des paroles rapportées? L’intonation flenche vers une diction plus narrative. Géographie. « Avec ses seins, comme un jeune pays émergent. » Les attribus, les intentions d’Inês se déportent en d’autres géographies, d’autres scènes, déjà les politiques s’articulent entre elles. Le « nous », attend la pluie, obstinément, celle qui produira la farine. D’autres gens se traduisent en sécheresse à force d’absence d’attention. Volmir fronce ses sourcils « Nous savons que nous serons difficilement compris, néanmoins, nous resterons encore quatre ans pour qu’il pleuve. »

Et puis, les mots laissent place au silence. Nait une danse, qui ne rompt jamais l’adresse au public, obstinée à tendre vers lui. Il y a un voile entre l’énergie qui la porte, festive et interne, et celle qui nous porte à l’observer, scrutateur et interne. Son corps s’abime en des gestes qui semblent ceux d’une rumba, mais les muscles sont crispés. Expansive, démonstrative, fière, elle compte tout haut ses pirouettes. À ce moment particulier nous saisissons le travail que Volmir Cordeiro tanne sur la figure de la marginalité en danse. Et d’amener la marge au centre. Que dire des nouvelles marges? De plus en plus floues. De plus en plus belles. Nous sommes heureux d’être aujourd’hui, d’avoir remercié les danses des années qui précèdent, d’être dans les complexions actuelles, dans les infinies subtilités traduisant notre monde. Émus et éveillés par une si jolie pièce.

Vu à La Ménagerie de Verre à Paris dans le cadre du Festival Les Inaccoutumés. Chorégraphie et interprétation : Volmir Cordeiro, collaboration artistique : Pauline Le Boulba, Anne Lise Le Gac, Pauline Simon. Lumière : Séverine Rième. Photo de Margot Videcoq.

Par

Publié le 08/12/2014


Partagez cette page


http://maculture.fr/danse/ines-volmir-cordeiro/