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Gadi Dagon copy

Last Work, Ohad Naharin / Batsheva Dance Company

Un an après la sortie du documentaire acclamé Mr. Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin, de Tomer Heymann, la Batsheva Dance Company, sous la direction d’Ohad Naharin, vient cette fois physiquement à Paris du 8 au 16 juin pour une série de représentations au Théâtre National de Chaillot avec à l’affiche le spectacle Last Work, créé en 2015.

La pièce s’ouvre par une danseuse qui court sur un tapis roulant placé au fond de la scène. Habillée d’une robe bleue, elle tiendra le même rythme inaltérablement pendant tout le spectacle. C’est un exemple de l’endurance physique partagée par tous les danseurs de la compagnie, mais également du style du chorégraphe, qui n’hésite pas à abuser de la répétition dans ses tableaux. Cette course infinie agit comme un marqueur temporel et un repère rythmique toujours présent, en dépit des différentes dynamiques déployées par les autres interprètes sur le plateau.

Le premier tableau est composé par des mini-solos, les entrées et les sorties des dix-sept danseurs qui avancent lentement et qui parfois se rencontrent, lors d’une pose ou d’un mouvement commun. Ici, les capacités physiques de chaque interprète sont mises à l’honneur dans une partition individuelle. Des fentes, des squats, des jambes hautes, des sauts en explosion se succèdent, évoquant parfois des figures de la danse classique.

Des interprètes ressortent et se mélangent au reste groupe d’une manière perçue comme étant presque aléatoire. Des duos, solos, trios, se forment et se défont pour revenir à chaque fois à des chorégraphies d’ensemble d’une remarquable précision. Une synchronicité est présente entre tout les danseurs et tout leurs gestes, du plus petit et minimaliste aux grands changements de direction et aux chutes au sol, sans pour autant faire des interprètes des clones. Cette liberté encadrée montre avec perfection la manière avec laquelle Ohad Naharin travaille. À partir de l’improvisation des danseurs sur des thèmes variés, le chorégraphe compose des tableaux, des duos, des ensembles pour rendre évident une image, une idée ou encore une sensation.

Les thématiques traversées dans Last Work deviennent évidentes dans le déroulé de la pièce : des figures habillées de robes aux allures religieuses avancent ensemble, un danseur agite un drapeau blanc, un autre tient une mitraillette, un duo se développe de manière sensuelle puis prend une attitude plus sexuelle. De manière presque concomitante, ces différents portraits créent une cacophonie de mouvements qui devient rapidement difficile à suivre. Les couleurs politico-religieuses semblent monter en force, d’abord par les danseurs qui se couvrent le visage avec un tissu blanc, pour ensuite évoquer des éléments appartenants au registre de de la guerre comme le drapeau blanc et l’arme, pour finir dans un mouvement d’ensemble où tout les danseurs semblent abattus de désolation sur scène.

La finesse avec laquelle les tableaux se construisent et la subtilité dans laquelle évoluent les idées et les thématiques suggérées par l’écriture du geste font de Last work un chef-d’œuvre de composition chorégraphique. À la manière d’un chef-d’orchestre, Ohad Naharin dose les mouvements physiquement exigeants et les moments de poésie, dévoile ou cache des propos, et met en scène dix-huit danseurs parfaitement accordés.

Vu au Théâtre National de Chaillot. Chorégraphie Ohad Naharin. Lumières Avi Yone Bueno (Bambi). Son Maxim Warrat. Musique originale Grische Lichtenberger. Scénographie Zohar Shoef. Costumes Eri Nakamura. Avec les danseurs de la Batsheva Dance Company. Photo Gadi Dagon.

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Publié le 12/06/2017


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