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© Tuna Limposujo

Le Propre et le Sale (O Limpo e o Sujo), Vera Mantero

Figure tutélaire de la danse contemporaine au Portugal et en Europe, la danseuse et chorégraphe portugaise Vera Mantero (1966) a fait ses armes au Ballet Gulbenkian à Lisbonne et signe son propre travail depuis 1987. Elle collabore également avec des chorégraphes internationaux tels que Lisa Nelson, Mark Tompkins, Meg Stuart ou Steve Paxton. Mise à l’honneur au Centre National de la Danse à Pantin en octobre dernier avec la programmation de trois anciennes pièces de son répertoire des années 90 (Olympiaone mysterious Thingsaid e.e.cummings* et Perhaps she could dance first and think afterwards), la chorégraphe revient à Paris au Théâtre des Abbesses dans le cadre de la huitième édition du festival Chantier d’Europe et présente Le Propre et le Sale (O Limpo e o Sujo), pièce créée en avril 2016 au Maria Matos Teatro Municipal à Lisbonne.

Pour Le Propre et le Sale, Vera Mantero s’entoure de deux jeunes danseurs : la sud africaine Elizabete Francisca et Francisco Rolo (ce dernier reprend ici le rôle du danseur brésilien Volmir Cordeiro). Co-signée avec les interprètes d’origine, la pièce semble auréolée, dans la gestuelle comme dans les expressions faciales, par le fantôme de Volmir Cordeiro.

Les trois danseurs portent chacun une chemise hawaïenne aux couleurs délavées et développent un catalogue de gestes fait de râles, de bouches grimaçantes, insistant sur les orifices de leurs visages, parfois pointant un doigt en direction de leur sexe. Souvent cantonnée au devant du plateau, la chorégraphie les amène parfois à arpenter l’espace de la scène, au dessus de laquelle flotte une installation lumineuse semblable à une toile d’araignée distendue, composée de rallonges électriques jalonnées d’ampoules, qui clignoteront par intermittence à différents moments du spectacle. Les déplacements permettent la composition de tableaux quelque peu artificiels, jouant sur les diagonales et les profondeurs du plateau.

Le titre du spectacle évoque l’ouvrage de Georges Vigarello, Le propre et le sale, L’hygiène du corps depuis le moyen-âge (1987) qui, au croisement de l’histoire sociale et de celle des représentations, construit une analyse de l’évolution des pratiques liées à l’hygiène, du moyen-âge à nos jours. Ce faisant, il décèle dans l’histoire des rapports de l’homme à son corps l’existence d’un système de représentations pesant sur ses habitudes, considérant la propreté à la fois comme un facteur de distinction sociale et comme une contrainte normative. Et bien que la démarche initiale de la chorégraphe reste souterraine à l’objet fini, Vera Mantero explique s’être concentrée ici sur la « transition intérieure » et la « relation avec notre environnement et le soin qu’on lui porte ». Que reste-t-il alors de cette « écologie du fantasme », sorte de déplacement des relations du sujet à son corps et à son milieu, qu’elle emprunte au philosophe Félix Guattari et qu’elle déclare traverser ?

C’est finalement un objet abscons qui nous est présenté. Portés par une partition commune de mouvement grotesques et caricaturaux, les trois danseurs ne rentreront jamais en interaction, n’assumant qu’en partie le potentiel fauve et animal du vocabulaire employé. Ces trois figures muettes et burlesques produisent un travail malheureusement hermétique et frileux, et ce malgré le potentiel de certaines séquences.

Vera Mantero présentera également une nouvelle création intitulée Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle, du 16 au 18 mai au Centre National de la danse à Pantin dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, un solo qui tire sa genèse dans la désertification et de la déshumanisation de la Serra do Caldeirao, dans l’Algarve, au Portugal.

Vu au Théâtre des Abbesses dans le cadre du festival Chantier d’Europe. Direction artistique Vera Mantero. Co-création Elizabete Francisca, Vera Mantero, Volmir Cordeiro. Interprétation Elizabete Francisca, Francisco Rolo & Vera Mantero. Musique João Bento. Espace scénique & costumes João Ferro Martins. Lumières Eduardo Abdala. Photo © Tuna Limposujo.

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Publié le 05/05/2017


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