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Ursula Kaufmann

Manger, Boris Charmatz

Dans les gradins, parmi les spectateurs qui s’installent, les aficionados de Boris Charmatz reconnaitront certains danseurs qui suivent le chorégraphe depuis quelques années : Olga Dukhovnaya, Nuno Bizarro, Julien Gallée-Ferré, Christophe Ives, Maud Le Pladec, Mani A. Mungai… Dans leurs mains, se confondent avec les programmes distribués à l’entrée de la salle, des feuilles blanches. À première vue anodins, ces papiers sont en réalité des feuilles d’azyme, fine pâte alimentaire utilisée dans la pâtisserie et la confection des hosties. Pieds nus ou chaussés de baskets, ils envahissent la scène, se positionnent et entament un banquet solitaire et silencieux.

Accompagnés par le seul son du papier qui se froisse et qui se déchire, les quatorze danseurs commencent à grignoter et mâcher leurs feuilles vierges à des rythmes différents : certains s’attaquent aux bords, d’autres les fourrent entières dans leurs bouches et s’attaquent à une tâche qu’on ne pensait pas aussi laborieuse et exigeante : manger. Isolés les uns des autres, une chorégraphie invisible prend forme, celle d’une lente mastication qui souligne des muscles rarement pointés sur une scène de danse : ceux de l’appareil manducateur.

Utilisé aussi bien pour manger que pour parler, ces muscles de l’articulation vont ici fédérer ce groupe autour d’une partition sonore composée de musique pop et classique chantée la bouche pleine et à cappella. La chorale reprend des titres hétéroclites tels que Je t’obéis de Sexy Sushi, Symphony n°7 de Beethoven, La Folia d’Arcangelo Corelli et le texte Le bonhomme de merde de Christophe Tarkos.

Étayée par un casting quatre étoiles, manger s’inscrit dans la continuité des précédentes pièces du chorégraphe et poursuit le travail déjà entrepris autour des possibilités synergiques qu’offre le groupe. Boris Charmatz n’est jamais là où on l’attend : manger est une performance radicale et fascinante, qui rassasiera ou qui laissera le spectateur sur sa faim.

Vu au Théâtre de la Ville à Paris. Conception, Boris Charmatz. Avec Or Avishay, Nuno Bizarro, Ashley Chen, Olga Dukhovnaya, Alix Eynaudi, Julien Gallée-Ferré, Peggy Grelat-Dupont, Christophe Ives, Maud Le Pladec, Filipe Lourenço, Mark Lorimer, Mani A. Mungai, Matthieu Barbin, Marlène Saldana. Lumière, Yves Godin. Son, Olivier Renouf. Assistant chorégraphie, Thierry Micouin. Répétition voix, Dalila Khatir. Photo de Ursula Kaufmann.

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Publié le 01/12/2014


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