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Danielle Voirin

A mon seul désir, Gaëlle Bourges

Si l’on devait résumer très succinctement les travaux de Gaëlle Bourges en deux mots ce serait nu et vue. Plus précisément que la vue, Gaëlle Bourges porte un intérêt pour le « qu’est ce que je vois » ? Dans La Belle Indifférence, pièce de 2010, elle interrogeait le regard que les hommes portent sur les femmes en mettant à nu le corps de ses interprètes féminines. Aujourd’hui, avec A mon seul désir, la question du regard reste centrale mais il s’agit ici de disséquer une tapisserie afin de nous donner accès à une des représentations de la virginité au XV° siècle. Gaëlle Bourges prend comme point de départ La Dame à la licorne, et avec quatre corps nus féminins, la tapisserie se fait chair et se met à danser. Gaëlle Bourges tisse et détisse notre regard.

« D’abord s’habituer au noir pour arriver à voir », tels sont les premiers mots que prononce la voix off, et c’est effectivement plongé dans le noir, les yeux grands écarquillés, pour tenter de voir malgré tout, que le spectateur se retrouve. La lumière se fait peu à peu, apparaît alors un espace réduit, seul l’avant scène est occupé. En guise de fond une toile rouge. Quatre femmes nues marchent tranquillement sur scène.

Pour musique une voix off féminine qui bercera le spectateur quasiment jusqu’à la fin. Mais ne pensez pas que celle-ci soit futile, bien au contraire. Non sans une pointe d’humour, le discours énoncé est rudement mené, mélangeant l’histoire de la création de La dame à la licorne, une description de la tapisserie et une explication des rôles et des symboliques des personnages présents sur la toile.

Et les interprètes dans tout cela ? Que font-elles ? Elles donnent formes tranquillement et minutieusement à la tapisserie. Les gestes sont simples mais méticuleux : placer des fleurs sur la toile de fond à l’unisson, vêtir une des quatre interprètes etc… Et si a priori les trois autres interprètes restent nues, en réalité, elles seront masquées tout au long de la pièce. Masque de chien, de perroquet, de renard, de singe, de lion, de licorne et de lapin ; animaux tous présents sur la tapisserie. Ces animaux ne sont pas là pour décorer ou faire joli. La tapisserie est composée de six panneaux et la présence ou non de certains animaux et leurs postures aux seins de ces panneaux peuvent changer la compréhension. Les quatre interprètes vont dresser ces panneaux en glissant dans la tapisserie. Mais surtout elles vont nous donner accès à l’envers de la tapisserie, à l’envers du décor… Une musique forte se fait retentir, la toile de fond tombe et 35 lapins font leur apparition (35 corps d’hommes et de femmes nus avec un masque de lapin). Lapin, qui on le sait, parce que la voix off nous l’a dit, est un animal lubrique qui ne cesse de copuler. Alors que viennent t-ils faire sur cette tapisserie qui est censée représenter une vierge ? Gaëlle Bourges semble avoir tranché en nous donnant accès à l’envers de la toile : une joyeuse farandole de lapin à poil !

Vu au Centre d’Animation de Beaulieu, dans le cadre du festival à corps. Conception et récit Gaëlle Bourges. Danse Carla Bottiglieri, Gaëlle Bourges, Agnès Butet et Alice Roland. Avec Carla Bottiglieri, Gaëlle Bourges, Agnès Butet et Alice Roland et la participation de 32 volontaires pour le bestiaire final. Création musique XTRONIK et Erwan Keravec. Création lumière Abigail Fowler et Ludovic Rivière. Création costume Cédrick Debeuf. Masques Krista Argale. Photo de Danielle Voirin. 

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Publié le 13/04/2016


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