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More, more, more… future, Faustin Linyekula

More, more, more… future, un slogan tel un défi lancé par les huit interprètes d’un boys band chatoyant. La musique en sourdine tout d’abord éclate dans les fracas d’une nuit festive et endiablée, au rythme d’une danse chaloupée et bruyante. Enveloppés d’une parure bariolée, tissée de longs rubans de plastique froncé, les danseurs bravent les musiciens aux yeux rivés sur le sol.

Sur la scène encore tranquille rugissent les premiers accords d’un chant bientôt clamé à tue-tête, sur les riffs rugueux d’une guitare basse. Leurs titres et les paroles défilent sur l’écran de fond de scène, à la manière d’un karaoké, et donnent à voir autant qu’à entendre les rimes d’Antoine Vumilia Muhindo qui content une Afrique radieuse et festive.

More, more… fait le pari risqué de rejouer sur le plateau l’alliance parfois houleuse de la danse et de la musique live, sans que leurs deux rythmes ne s’accordent toutefois pleinement.  Le geste dansé paraît sans cesse chercher sa place dans un paysage sonore touffu mais pourtant hostile à la vulnérabilité du corps dansant : les élans d’énergie qui traversent musiciens et danseurs semblent parfois inégaux, souvent disparates. Aux instants d’exaltation succèdent de longues minutes d’apathie et les interprètes paraissent plongés dans une presque léthargie ; un danseur prend la pose assis sur l’estrade du batteur, la tête dans les mains, comme abattu par la nostalgie d’une fête qui s’achève.

Il jaillit de nouveau lorsque les roulements de la batterie retentissent derrière lui, mu par une énergie quasi extatique, proche de la transe qui déforme les traits de son visage et ses lèvres parcourues de grimaces. Il tangue d’un pied sur l’autre, les bras en croix, puis s’écroule au sol. Peu à peu les chanteurs semblent s’accommoder de la présence des danseurs et entrent dans leur cercle, mêlent à leurs gestes leurs cris stridents et se pressent en un bourdonnant conciliabule autour du guitariste. L’équilibre de la pièce semble reposer sur cet état labile d’entre-deux, où les musiciens hésitent entre le parlé-chanté d’une langue poétique autant que caustique tandis que les danseurs vacillent au rythme d’un surprenant bougé-dansé par lequel ils tentent de se faire une place dans l’imposante matière sonore.

Souvent les trois danseurs semblent faire bande à part et partagent l’unisson d’un tressautement commun : leurs gestes palpitent, au rythme de la musique et des battements de main. Les frétillements qui s’emparent d’eux paraissent trouver leur source dans l’impulsion de leurs plantes de pieds, sous lesquelles naissent de riches et multiples jeux de jambes, chassés ou brefs sursauts moelleusement glissés ou frottés sur les talons, parfois juchés sur demi-pointe. Ils traversent le plateau arc-boutés par l’effort d’une lutte intestine, s’enjambent et se bousculent, crâne contre crâne.

Enfin la danse révèle sa grâce lorsqu’un soliste parvenu à l’avant-scène ôte sa parure sur les notes égrenées par une guitare aux sons suaves. La robe de plastique glisse à ses pieds puis les gestes d’une douce transe résonnent en silence sur le sol moucheté par l’éclat de multiples projecteurs. Il ondule, doucement, et ses membres à la souplesse élastique esquissent une danse désarticulée dont l’élan naît au creux du sternum, libéré par la cambrure du torse et des reins qui donne laxité et souplesse aux épaules.

Tous nous apparaissent désormais aux confins du plateau, dans une demi-pénombre : au cœur d’un cercle presque dérobé aux regards jaillit l’écho d’un chant polyphonique et mélodieux, bientôt repris en chœur. Les sons et les gestes deviennent collectifs ; enfin ils nous regardent et s’écoutent.

Malgré les puissants trémolos des chanteurs et les gestes délicats des danseurs More, more, more… future se laisse déborder par une mise en scène hasardeuse qui sonne parfois creux.

Vu au Théâtre des Abesses. Direction artistique Faustin Linyekula, création musicale Flamme Kapaya, costumes Xuly Bët, Paris, textes Antoine Vumilia Muhindo. Avec Jeannot Kumbonyeki, Papy Ebotani, Faustin Linyekula & les musiciens Patou « Tempête » Kayembe, Pépé Le Coq, Pasnas Mafutala, Zing Kapaya et Pati Basima.

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Publié le 03/02/2017


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