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Mårten Spångberg

Nature in IRL (UNIVERSAL), Mårten Spångberg

Figure iconoclaste du paysage de la danse en Europe, l’artiste suédois Mårten Spångberg a toujours pris un malin plaisir à refuser d’entrer dans les cases, tant il brouille les codes, les genres artistiques et s’affranchit des conventions. Programmées dans les plus grands festivals internationaux de danse et dans les musées (MoMA PS1 à New York, Tanz in August, ImPulsTanz à Vienne, Do Disturb au Palais de Tokyo, Kunstenfestival à Bruxelles) ses performances ont toujours pour leitmotiv d’être des formes hybrides issues de pratiques expérimentales entre les disciplines: la danse, la musique, le texte, les objets, etc. Des projets souvent hors-normes, comme en témoignent ses précédentes performances La Substance, But in English (2014) et Natten (2016) qui duraient respectivement quatre et sept heures. Invité à la Ménagerie de verre à Paris dans le cadre des Inaccoutumés, l’artiste présente pour la première fois en France Nature in IRL (UNIVERSAL). Attisant la curiosité, cet ambitieux projet s’annonçait à tort comme un moment fort du festival.

Les spectateurs sont accueillis par un joli capharnaüm maitrisé. La musique résonne et sept performeurs s’affairent déjà à danser sur des grands tubes de la musique pop, pressant frénétiquement le bouton replay sur l’ordinateur présent sur le plateau. Le sol est jonché de feuilles mortes, de vêtements, de sac de chips éventrés et de canettes de bière en libre service. Des perruches détourées dans du carton plume sont suspendues aux poutres du plafond de la ménagerie. Une tenture psychédélique (similaire à celle déjà aperçue dans sa précédente performance The Internet) se trouve en fond de scène et rappelle certaines acryliques du peintre Bernard Frize. Les gradins débordent et les des spectateurs sont invités à s‘assoir sur des couvertures aux coins du plateau.

Les danseurs portent tous des vêtements de seconde main qui pourraient avoir été chinés dans des friperies à la mode et certains ont le visage peint. Ces vieux adolescents d’apparence marginaux semblent figurer une communauté underground composée de clichés vivants d’anciens élèves d’école d’art. Rythmée par des séquences de chorégraphies collectives (avec un arrière gout très 90’s de vidéoclips MTV) et de karaoké, la performance perd régulièrement de son intérêt du fait de longs moments de latence pendant lesquels l’attention se dérobe. Les spectateurs sont autorisés à sortir et rentrer à leur guise, comme  pendant une fête ennuyeuse de laquelle on s’échappe pour fumer une cigarette. Mårten Spångberg en master of ceremony, assis derrière la régie, envoie de temps à autre des sons de cartoon, et n’hésite pas à venir batifoler avec ses sbires, s’époumonant sur une chanson de variété ou procédant à la distribution de parts de pizzas fraîchement livrées.

Des images de publicité font office de critique inefficace de la société de consommation. La playlist emprunte ses titres à la culture mainstream (entre autre Lean On de Major Lazer, Supernatural d’Alunageorge, Busy Earnin’ de Jungle, Sledgehammer de Peter Gabriel, Pop the glock d’Uffie, Girl On Fire d’Alicia Keys, Jacaranda de Bad Gyal…), sur lesquels sont répétées des séquences chorégraphiques entraînantes mais finalement assez pauvres, inspirées des chorégraphies déjà présentes dans certains des clips des chansons diffusées. Entre deux séquences – et parfois même pendant – les interprètes saluent et embrassent des connaissances dans le public, s’assoient, discutent et s’amusent avec eux, dans une sorte de connivence ambivalente qui vient déstabiliser les limites et le cadre de l’objet scénique : pour qui performent-ils ?

Si l’aspect débridé et je-m’en-foutiste du dispositif peut offrir un léger goût de liberté déconcertant dans un premier temps (la performance dure plus de de trois heures), la solidité de l’objet finit par s’effriter rapidement et dévoile une vacuité embarrassante. Celle-ci semble être parfaitement assumée par un Mårten Spångberg omniprésent et souriant, contemplant, dans l’auto-célébration, ces étranges bacchanales données en son honneur.

Vu à la Ménagerie de verre à Paris dans le cadre du festival des Inaccoutumés. Un projet de Mårten Spångberg. Avec Hana Lee Erdman, Louise Dahl, Tamara Alegre, Mårten Spångberg, Alexandra Tveit, Adriano Wilfert Jensen, Ofelia Jarl Ortega, Andrea Zavala Folache. Photo © Mårten Spångberg.

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Publié le 01/12/2017


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