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Daniel Nicolaevsky

NOIRBLUE, Ana Pi

Dans la salle, les lumières sont réduites, un brouillard artificiel envahit la scène ainsi que le parterre. Une musique de fond, à la fois électronique et de percussion, accueille le spectateur. Sur scène, derrière la brume, deux points de lumières bleues apparaissent. Peu à peu, quand cette dernière se dissipe et que tous les spectateurs sont installés sur leurs sièges, les lumières prennent la forme de contours de pieds. Ce sont alors des sneakers illuminés en bleu qui s’agitent en l’air et explorent l’espace autour d’elles.

Sur la scène, une danseuse – Ana Pi – désormais visible tient son bassin dans ses mains, épaules au sol. Cette exploration la mène à se mettre ventre à terre, puis à quatre pattes, l’entraînant dans un redressement progressif jusqu’à se tenir debout. C’est une danse initiée par le centre du corps. Des mouvements du bassin entraînent ceux des épaules et de la tête, sans presque engager les bras ou les jambes. Elle est toute vêtue de bleu, habillée d’un short, d’un turban, de sneakers illuminées et d’un débardeur en crochet qui laisse légèrement entrevoir son dos et sa poitrine.

La danseuse Ana Pi est une artiste brésilienne diplômée de l’Université Fédérale de Bahia et de la formation EX.E.R.CE de Montpellier. Avec sa première création personnelle NOIRBLUE elle partage au Festival Artdanthé une des voies de sa recherche chorégraphique : « Il y a la danse noire. Il y aurait-il la danse bleue ? » Cette question interroge les liens entre les différentes danses dites « noires », seules danses à avoir une couleur, comme le Funk noir-brésilien, les danses africaines dites traditionnelles ou populaires et même certaines pratiques contemporaines comme celles du hip-hop. L’artiste reprend ces danses dans leur gestuelle pour créer une palette de la danse « bleue » inventée sur scène.

Depuis sa figure redressée, l’artiste s’adresse aux spectateurs. Elle énonce : bleu, bleu royal, bleu clair, bleu marine, bleu émeraude, bleu mer, bleu ciel, bleu bébé, bleu glace, bleu lapis-lazuli… Elle demande l’aide des spectateurs… Bleu d’auvergne, bleu vert, bleu piscine, bleu électrique, bleu futuriste, bleu nuit… Pour chaque bleu cité, elle colle un sticker rond sur sa peau, faisant progressivement le contour de son corps, des bras aux jambes, de la tête au ventre. Les lumières s’éteignent et une lumière noire fait apparaitre la figure créée par les points autocollants. La musique change, donnant plus d’emphase à la percussion. La danse devient alors presque rituelle, entrainant le regard sur les mouvements périphériques des bras vers le ciel et ceux des jambes qui frappent le sol.

Petit à petit, les stickers tombent, créant l’ambiance d’un ciel étoilé sur la scène. Peu à peu, le volume de la musique baisse, et la voix de l’artiste se fait entendre : « How will it end? Ain’t got a friend/ My only sin is in my skin/ What did I do to be so black and blue? ¹» En prononçant ces phrases, elle déclare ouvertement son propos, interrogeant les discours et la production d’une danse de couleur² et mélangeant son expérience vécue outre-Atlantique et auprès des spectateurs. En interrogeant les diverses facettes des danses dites « noires » à travers leurs manifestations corporelles, Ana Pi remet en question leurs manifestations liées à la population noire du monde dans l’imaginaire collectif. Elle présente une danse uniformément bleue et pourtant pleine de couleurs contrastantes et d’influences multiples, parfois bien visibles et parfois plus imagées.

¹ Comment cela va-t-il se terminer ? Pas d’ami / Mon seul péché est dans ma peau / Que dois-je faire pour être si noir et bleu ?
² « Quelle couleur ? », demande-t-elle.

Vu au Théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé. Chorégraphie, dramaturgie, costumes et objets, interprétation Ana Pi. Musique originale Jideh High Elements. Lumières Jean-Marc Ségalen. Photo de Daniel Nicolaevsky. 

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Publié le 27/03/2017


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