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© Robyn Orlin

Oh Louis…, Robyn Orlin

La chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin signe avec Oh Louis… We move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep… une fastueuse allégorie scénique du roi Louis XIV, monarque absolu et solaire, mécène et grand danseur. Benjamin Pech – étoile fraîchement retraité de l’Opéra – l’incarne ici avec clinquant et humour, et s’encanaille dans cette performance radicale, loin de l’institution du ballet classique instituée par le Roi Soleil.

Ici pourtant l’esthétique baroque chère au siècle des Lumières s’incarne moins dans une composition gestuelle, qui se réduit finalement à quelques pas brièvement esquissés, que par une véritable recherche plastique sur les nuances de textures. La scène, encadrée par deux ballons de plastique à l’effigie d’un lion, est recouverte par une immense couverture de survie dorée qui se plie et s’étire en volutes crissantes, comme une traîne chamarrée dont le drapé forme l’écrin d’un trône royal sur un siège du premier rang. L’espace scénique lui-même se diffracte par des jeux de reflets de mise en abyme : la galerie des glaces est ici supplantée par un miroir de poche et une profusion de selfies. Le danseur interpelle le public, hèle les spectateurs et les place lui-même à ses côtés ; particulièrement intrusif, il commente le public et les filme en détail : les images sont retransmises en direct sur un écran rond incliné au dessus de la salle. En gros plan il capte la dégustation d’une orange dont l’écorce est palpée puis massée, le jus aspiré et la pulpe dévorée ; le fruit disparaît entre les mains et dans la bouche du danseur, ses lèvres dégoulinent du jus sucré dont l’odeur acidulée s’élève dans les rangées de gradins.

Benjamin Pech s’amuse ici à transgresser la figure de danseur virtuose qu’il a construit durant toute sa carrière : en jogging puis en slip il exécute quelques gestes d’une pantomime surannée, drapé dans sa couverture étincelante. Une paire de bottines à talon exposées sur un siège de velours, manipulées par une spectatrices, sont l’occasion de réviser les cinq positions élémentaires d’une danse normative et asservissante : est-ce aussi pour y faire écho que le pianiste ponctue chaque scène d’une déclamation des articles du code de l’esclavage ?

Sur l’écran apparaît la vidéo de sa nomination au statut d’étoile, comme un furtif flash-back alors que le danseur vient de tirer sa révérence : la pièce confine à l’autobiographie scénique, pourtant la dérision supplante la nostalgie.

La pièce se déploie ainsi selon une cohérence moins narrative que symbolique, et joue de la juxtaposition de saynètes et de références multiples : les images s’entrechoquent sur le ton d’une provocation doucement subversive, parfois jusqu’à la luxure d’une masturbation feinte à l’aide des bottines, une danse lascive et sensuelle sur le dos du pianiste Loris Barrucand, absorbé par l’exécution de sa partition.

Tous deux expriment d’ailleurs au public leurs doutes sur les intentions de la chorégraphe : ils paraissent quelquefois naufragés de leur propre mise en scène, chancelants sous le poids d’un monceau de vêtements ou mimant la nausée par-dessus la bordure de la couverture dorée qui s’élève par vagues sur le plateau, dans l’éclat solaire du faisceau d’un projecteur diffracté par l’écran circulaire.

Robyn Orlin poursuit avec Oh, Louis… son exploration chorégraphique des figures de la royauté, et sur le plateau le faste scénographique se double d’un cynisme mordant : la fluctuation incessante et complexe entre l’ostentation et l’ironie paraît parfois fragile et décousue parce qu’elle manque peut-être encore un peu d’assurance.

Vu au Centre National de Danse Contemporaine d’Angers. Un projet de Robyn Orlin. Scénographie Maciej Fiszer. Lumières Laïs Foulc. Costumes Olivier Bériot. Danse Benjamin Pech. Musique Loris Barrucand. Photo © Robyn Orlin.

Du 13 au 22 décembre 2017, Théâtre de la Cité internationale (Théâtre de la Ville)
Le 28 mars 2018, Kinneksbond, centre culturel Mamer, Luxembourg
Les 29 et 30 mai 2018, Théâtre de Caen

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Publié le 13/12/2017


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