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Domenico Conte

Palazzina di Caccia di Stupinigi, Evohé / Le chas du violon / Instants de suspension

La Palazzina di Caccia di Stupinigi accueillait pour la 10e édition du festival turinois Teatro a Corte, une série de trois spectacles rattachés au cirque : Evohé (Compagnie les Colporteurs), Instants de suspension (Pauline Barboux et Jeanne Ragu) ainsi que Le chas du violon (Compagnie Les Colporteurs). Dans les jardins de cet ancien pavillon de chasse de la famille royale de Savoie inauguré en 1731 étaient installées deux structures d’aciers et de cordes : l’étoile et la quadrisse. La première¹ sert à la compagnie Les colporteurs tandis que la seconde permet à Pauline Barboux et Jeanne Ragul d’étendre le domaine de la corde raide, ici divisée en quatre drisses noires de polyester. Trois duos pour une redécouverte du fil de fer et de la corde, pour une démonstration d’adresse.

À partir de l’abandon d’Ariane par Thésée sur l’île de Naxos, Julien Posada et Julia Figuière ont élaboré un numéro où l’attraction oscille entre le désir de l’autre et le vide. Le titre, Évohé, est une référence aux cris des bacchant-e-s en l’honneur de Bacchus, qui croisera le chemin d’Ariane sur l’île. Une interprétation du mythe qui débute par l’ascension de Julia Figuière le long des tubes d’aciers et de câbles tendus, à hauteur d’homme, feintant un milieu hostile dans lequel elle prendrait ses marques. Cette ascension se fait attachée à une corde dénouée en bas de la structure et qu’elle enroule peu à peu autour d’elle, référence à ce qui la reliait à Thésée dans le labyrinthe de Minos, avant d’être interrompue par Julien Posada en Bacchus. Le rapport de séduction passera par une suite d’acrobaties, seules ou à deux, où le risque est bien présent. Un risque de chute qui contribue au spectaculaire de la discipline. Une chute parfois évitée in extremis par le maintien du buste, les bras écartés aidés, rarement, d’une ombrelle. Il y a dans l’équilibre des fil de féristes, un mouvement des bras, du corps qui se penche, qui se tord, dans un sens et dans l’autre, toute une stylisation du péril. Tous les mouvements, mêmes ceux au bord de la chute, sont codifiés pour signifier la maîtrise du risque. Risque visible lors de la pirouette arrière (sur le fil) de Julien Posada, lorsque tous les deux, accolés, ils traversent le fil à reculons ou encore, lorsque Julien Posada se détourne de l’axe du fil, tourné vers l’extérieur, les genoux pliés.

Le public était ensuite invité à voir le numéro des Pauline Barboux et Jeanne Ragu, dont la quadrisse était installée à quelques dizaines de mètres de l’Étoile, dans les jardins de la Palazzina di Caccia di Stupinigi. Dos aux pavillons, un orchestre (accordéon et instruments à vent) mené par Carmino d’Angelo, de ceux que l’on pourrait voir dans une rue de Turin, va accompagner les deux acrobates passées par l’Académie Fratellini. Celles-ci vont d’abord s’attacher l’une contre l’autre, réunissant leurs corps comme deux siamoises avant de monter le long de la quadrisse. Ces Instants de suspensions, d’une durée de huit minutes, ont été conçus à deux, pour deux, par des mouvements que l’une ne pourrait pas faire sans l’autre, contraintes par l’imbrication de leurs corps, responsables du corps de l’autre lorsqu’elles se hissent le long de cette corde noire divisée. Une montée qui se fait en supportant son poids et celui de l’autre, par les bras, les jambes, pieds et mains les nœuds des drisses. Un numéro ou la suspension est l’action même de tenir la corde mais également ces actions qui se démarquent des autres, restent en suspens, pour les spectateurs. Des instants de suspensions à la verticale, très appréciés, avant un retour aux horizontales et diagonales de l’étoile.

Pour la troisième partie du programme, l’ouverture empruntait au personnage du clown, incarné par Agathe Olivier, elle aussi formée à l’académie Fratellini avant de fonder avec Antoine Rigot la compagnie Les Colporteurs. Un clown en talons aiguille, tailleur cintré, chemise blanche à peine déboutonnée et déjanté. Le téléphone portable à la main, à peine Pauline Barboux et Jeanne Ragu ont elles posé les pieds au sol, qu’Agathe Olivier, dont personne ne sait encore qu’elle va réaliser le prochain numéro, leur demande une photo avant de s’asseoir devant (en spectatrice) puis sur l’Étoile. Un responsable de l’équipe du festival lui demande alors, désespérément, de ne pas gêner le numéro à venir. Mais lorsqu’Agathe Olivier se prend les pieds dans la structure et déverse le contenu de son sac au sol, le signal est clair : le numéro a déjà bien commencé. Sa fille (Coline Rigot en punk) qui la rejoint sous l’Étoile enchaînera les maladresses pour mieux épater. Les deux vont en effet escalader l’acier et les cordes dans un numéro de voltige durant lequel Agathe Olivier osera parcourir le fil de fer en talons aiguilles, s’y allonger et même sauter dessus, tandis que Coline Rigot lui répondra d’abord par l’équilibre du corps sur le fil puis par l’équilibre de l’archer sur le violon, tandis qu’Agathe Olivier fait de la structure le terrain de toutes les fantaisies acrobatiques. Un troisième duo intitulé Le chas du violon, le chas étant le trou d’une aiguille, par où le fil passe si on en a la dextérité. Titre qui souligne la précision requise pour une telle voltige, pour les trois numéros en duo sur fil de fer, à la corde raide ou à terre de cette compagnie itinérante (associée à Pauline Barboux et Jeanne Ragul), ces colporteurs de ce que les disciplines du cirque ont de meilleur.

¹ http://www.lescolporteurs.com/pele-mele/autres/etoile-mat_173.htm

Performances vues dans le cadre du festival Teatro a Corte. Evohè, avec Hulia Figuière et Julien Posada. Mise en scène et scénographie : Antoine Rigot. Instants de suspension. De et avec les danseuses sur quadrisse Pauline Barbous et Jeanne Ragu. Le chas du violon, avec Agathe Olivier et Coline Rigo. Mise en scène et scénographie : Antoine Rigot. Photo © Domenico Conte.

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Publié le 20/07/2016


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