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Watermotor (2)

Performance ! Exposition au Tripostal

À l’occasion des quarante ans de sa création cette année, le Centre Pompidou a constitué partout en France un réseau d’expositions et d’événements mettant en valeur ses collections et celles de différents lieux sur le territoire, qu’ils soient publics (des FRAC, des musées) ou même privés. Au coeur de cette programmation, l’exposition montée à Lille, Performance ! Au Tripostal à Lille, tient une place particulière. En effet les pièces présentées, raisonnées par les co-commissaires Bernard Blistène et Marcella Lista, sont pour la plupart issues des collections mêmes du Musée National d’Art Moderne, et ont rarement l’occasion d’être activées et montrées.

Du 6 octobre 2017 au 14 janvier 2018, c’est une très belle sélection de pièces contemporaines qui est visible au Tripostal, mais aussi tout un programme de soirées et d’événements performatifs, comme les représentations de In Plain Site par la compagnie Trisha Brown en partenariat avec l’Opéra de Lille les 2 et 3 décembre prochains, les activations répétées de l’oeuvre Tell Me de Guy de Cointet avec les performeuses originales, ou encore une chorégraphie inédite de François Chaignaud avec Brice Dellsperger le 13 janvier à partir de la dernière vidéo de ce dernier : Body Double 36, After Xanadu, présentée pour la première fois dans le cadre de cette exposition.

Guy de Cointet 1 - Tell Me, 1979-1980 © maxime dufour photographies - PERFORMANCE !, Les collections du Centre Pompidou, 1967 - 2017 copy

Si l’accent est placé sur le médium performance, l’exposition met à profit les immenses espaces du Tripostal pour en questionner la matérialité, et tenter de répondre à la question de la monstration d’un médium qui est, par définition, celui de l’éphémère, du hic et nunc. Le parcours se déploie en plusieurs temps, dans une conception élargie de la performance : plusieurs notions sont abordées, creusées et interrogée dans le contexte muséal : la danse, la chorégraphie, sa trace, le son, la musique, le geste social, le corps.

I am intact and I don't care

Rassemblant des oeuvres en rapport avec le médium chorégraphique, la première partie de l’exposition permet à des chorégraphes de rentrer au musée, non pas en produisant un travail en son sein, mais plutôt en transformant une trace, un document en oeuvre plastique. En face, des oeuvres issues du champ des arts visuels empruntant à la danse montrent que les frontières disciplinaires, en ce qui concerne la production artistique des vingt dernières années, se font de plus en plus perméables. Lily Reynaud Dewar présente I am intact and I don’t care (2013), une série de vidéos, installée dans une scénographie de papiers-peints déteints, la montrant elle teinte en noir, reprenant des danses de Joséphine Baker dans différents intérieurs, son atelier, des salles de musée, un intérieur. Elle se réapproprie un répertoire chorégraphique et le fait rentrer dans l’atelier du plasticien.

3. Vue d'ensemble de l'exposition © maxime dufour photographies - PERFORMANCE !, Les collections du Centre Pompidou, 1967 - 2017

Dans la salle suivante, c’est un chorégraphe qu’on retrouve sur les écrans : William Forsythe danse à partir d’une toile de Francis Bacon (Selfportrait, 1991-1992), celle qu’il a laissé inachevée à sa mort. Ses gestes sont nerveux, et ses pieds laissent des trainées noires sur le sol blanc. La scène est éclatée sur trois écrans, captée depuis trois points de vue différents, par Peter Welz (Retranslation I, Final unfinished portrait (Francis Bacon / « Self-Portrait » 1991-92) / Figure inscribing figure / Take 3, 2006). Plus loin, c’est un tableau vivant du plasticien Aernout Mik (Park, 2002), présentant des silhouettes aux mouvements archaïques et collectifs qui est placé en perspective avec le très fameux Water Motor, film de Babette Mangolte, qui met en scène au ralenti, en 1978, une Trisha Brown dansant son solo Watermotor. Geste post-moderne, cette chorégraphie est à la fois d’une infinie fluidité et d’une complexité fascinante, chaque partie du corps semblant être animée de façon indépendante dans une énergie constante.

Une deuxième phase de l’accrochage se concentre sur les oeuvres musicales. Si une installation de Mike Kelley, qui rassemble des objets ayant servis à une série de performances sonores entre 1977 et 1979 reste malheureusement inerte, l’oeuvre de Stan Douglas, Hors-champs (1992), quelques salles plus loin, brille d’intensité. Sur la face d’un écran un ensemble exécute un magistral morceau de free-jazz, inspiré de la Marseillaise et du Star Spangled Banner étasuniens (Spirits Rejoice – Albert Ayler, 1965), dans la recréation d’un programme télévisé en noir et blanc, à l’esthétique très sixties. Sur l’autre côté, ce sont des images de préparation, de détente qui sont montrées, inventant le temps hors-champs de cette fausse émission de télévision.

1992_Hors-champs_26

Si la vidéo a une bonne place dans l’accrochage, une attention particulière semble portée sur la diversité des objets exposés. Traces matérielles de performance (les instruments de Mike Kelley, la scénographie de Guy de Cointet (Tell me, 1979-80)), films au statut documentaire (La Ribot, Mariachi 17 (2010) ou Jérôme Bel, Véronique Doisneau (2004)), ou oeuvres plastiques utilisant le corps comme un médium (Bruce Nauman (Art Make Up (1967-68), Pierre Huyghe (Dubbing (1996)) ont chacun la part belle. Egalement, le statut du visiteur est lui-même questionné, tant c’est aussi son regard qui active, vivifie ou tisse des rapports plus ou moins intenses avec et entre les pièces. La déambulation se termine avec Data. Tron, une installation monumentale de 2007 du japonais Ryoji Ikeda. Cette oeuvre, à la fois visuelle, environnementale et sonore, se compose d’un unique grand écran, sur lequel sont projetées les images vibratoires d’une multitudes de particules, ressemblant tantôt à des pixels, tantôt à des données informatiques, qui baignent l’espace alentour d’une lumière vacillante. Travaillant les signaux numériques comme une véritable matière plastique et sonore, l’artiste produit un paysage hypnotisant, enregistrant le brouhaha du monde et plaçant finalement le regardeur dans une position contemplative.

Performance !, jusqu’au 14 janvier 2018 au Tripostal à Lille. Commissariat : Bernard Blistène et  Marcella Lista. Photos : Water motor, 1978 ©  Babette Mangolte © Centre Pompidou, MNAM-CCI. Vues d’ensemble © Maxime Dufour. I am intact and I don’t care © Coll. Centre Pompidou ©  Lili Reynaud Dewar. Hors champ, 1992 © Stan Douglas.

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Publié le 02/11/2017


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