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Danse & Arts Plastiques : Quand les pratiques se croisent

Depuis plus d’un siècle, la danse et les arts visuels n’ont cessé d’entretenir un dialogue intense et fécond. En témoignent les innombrables collaborations entre artistes plasticiens et chorégraphes qui ont donné fruit à des oeuvres majeures du vingtième siècle : Jean Börlin et Francis Picabia en 1924 (Relâche), Martha Graham et Calder en 1936 (Horizons), Merce Cunningham et Charles Atlas en 1975 (Blue Studio : Five Segments), Lucinda Childs et Sol LeWitt en 1979 (Dance) ou encore Trisha Brown et Donald Judd en 1987 (Newark).

Ses dernières années, les collaborations entre chorégraphes et plasticiens continuent d’être fructueuses : Akram Khan et Anish Kapoor en 2002 (Kaash), Josef Nadj et Miquel Barcelo en 2006 (Paso Doble), Sidi Larbi Cherkaoui et Antony Gormley en 2008 (Sutra) ou encore Mathilde Monnier et Dominique Figarella en 2010 (Soapéra). Ces collaborations offrent aux chorégraphes une nouvelle matière, un nouvel espace, à partir desquels leur écriture du mouvement se désaxent au profit d’une danse plastique et visuelle.

Aujourd’hui, les rôles se permutent : les plasticiens signent désormais des spectacles (Lili Reynaud Dewar, Miet Warlop, Xavier Veilhan….) et les chorégraphes exposent au musée et dans les galeries (Trisha Brown, Christian Rizzo, William Forsythe…). Nous voyons également depuis quelques années de nouvelles formes chorégraphiques apparaitre dans les espaces muséaux, les chorégraphes vident les salles d’expositions afin d’y adapter le médium chorégraphique aux conditions d’expositions : Rétrospective de Xavier Le Roy (Fundació Antoni Tàpies, MoMA PS1…), Work/Travail/Arbeid d’Anne Teresa de Keersmaeker (WIELS, Centre Pompidou, Tate Modern…) ou encore récemment Wars & Dances de la chorégraphe Eszter Salamon au PACT Zollverein à Essen.

La danse investit également les salles d’expositions et y fait dialoguer les corps avec les oeuvres qui s’y trouvent. Parmi ces créations in situ où visiteurs et danseurs se côtoient au sein d’un même espace, nous pouvons notamment citer le projet 20 Danseurs pour le XXe siècle de Boris Charmatz, Une Réplique Infidèle de Xavier Le Roy ou encore le projet Dancing Museums qui rassemble cinq centres chorégraphiques et huit musées internationaux (dont le musée du Louvre) pour explorer de nouvelles méthodes d’interaction avec le public.

Cet automne, plusieurs projets programmés en Île-de-France illustrent ce croisement fructueux entre art visuel et danse. Le premier rendez-vous, intitulé Performing Art, a ouvert le festival d’Automne à Paris. Après Mouvement sur mouvement en 2013, Removing en 2015 et Faits et Gestes en 2016, Performing Art est la quatrième invitation du festival à Noé Soulier. Alors que le médium danse continue d’opérer sous différentes formes dans les espaces d’expositions, le chorégraphe prend de revers les enjeux de « la danse au musée » : et si c’était désormais les oeuvres d’arts qui investissaient le cadre de la scène ? C’est à partir de cette reflexion que l’artiste a élaboré Performing Art, une chorégraphie qui met en scène des régisseurs et des œuvres d’arts issues des collections du Centre Pompidou.

Sur le plateau, un parquet en bois, identique aux salles d’exposition du musée, encadre un grand mur blanc qui se tient face au public. Pendant plus d’une heure dans un silence quasi religieux, cet espace d’exposition recréé pour l’occasion met en scène une équipe de techniciens et « d’experts » qui s’affairent à l’accrochage et au démontage d’une série d’oeuvres disparates et à première vue inattendues. Arrêtée sur 20 oeuvres issues de la collection du Centre Pompidou (qui en contient plus de 120 000), la sélection de Noé Soulier se compose de peintures (Miwa Ogasawara), de photographies (John Coplans, Eric Poitevin), de sculptures (Ryan Gander, Loris Gréaud), de vidéos (Julien Prévieux, Delphine Reist), d’installations (Jeroen de Rijke & Willem de Rooij, Nicholas Hlobo) ou de mobilier design (Ron Arad, Achille Castiglioni).

Si l’objet scénique laisse perplexe par la vacuité de certains jeux d’associations, assister à la manipulation des oeuvres régie par un ensemble de règles de conservation permet d’avoir accès à certains moments précieux rarement visibles du public et des visiteurs de musée. L’ouverture des caisses de transports et l’installation des oeuvres est en effet déjà un véritable spectacle en soit. Si ces mouvements précis et minutieux – qu’on peut ici comparer à une partition chorégraphique – restent fascinants tout du long, la proposition formelle est au final quant à elle bien décevante aux vues des ambitions du projet sur le papier.

Second rendez-vous, du 18 au 22 octobre, avec Parades for FIAC, événement dédié aux pratiques performatives et au dialogue entre les disciplines dans l’art contemporain. Ce programme (organisé par le Musée du Louvre et la Foire internationale d’art contemporain) présente cette année plus de 20 performances dans différents lieux aux architectures singulières. Nous retrouverons notamment State of de Gerard & Kelly sous la voûte du Palais de la Découverte et leur performance Timelining dans les salles d’expositions du Centre Pompidou, Duchesses de François Chaignaud et Marie-Caroline Hominal dans le jardin du Petit Palais, Comme crâne comme culte de Christian Rizzo au Palais de la découverte ou encore la Trisha Brown Dance Company au Petit Palais, au Musée de l’Orangerie et à l’Auditorium du Musée du Louvre.

Troisième rendez-vous, avec le plasticien Théo Mercier, qui présentera sa nouvelle création La Fille du collectionneur en ouverture du festival les Inaccoutumés de la Ménagerie de verre exceptionnellement à Nanterre-Amandiers les 14, 15 et 16 novembre prochain. Dans la continuité de son premier spectacle Du Futur faisons table rase créé en 2014, le plasticien y croise les mediums et transpose les oeuvres de son atelier sur le plateau. Cet objet hybride entre l’exposition et le spectacle réunira une partie de l’équipe de ce précédent projet dont François Chaignaud, Jonathan Drillet et Marlène Saldana. L’artiste présentera également du 30 novembre au 2 décembre à la Ménagerie de verre le désormais culte Radio Vinci Park, fascinant rituel entre un motard casqué et un danseur/chanteur (François Chaignaud) dans l’espace d’un parking seulement éclairé d’un néon jaune.

Quatrième et dernier rendez-vous, avec la photographe et cinéaste Dorothée Smith et le danseur chorégraphe Matthieu Barbin les 27 et 28 novembre avec TRAUM (Le paradoxe de V.) présenté au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre de la 7ème édition du festival New Settings, programme de la Fondation d’entreprise Hermès. Venant des arts visuels, SMITH s’est longtemps illustrée avec des portraits fantomatiques de jeunes androgynes et des paysages aux couleurs désaturées. Elle signe aujourd’hui avec cette proposition chorégraphique, une expérience au carrefour de la performance, de l’image en mouvement et des réalités virtuelles. Dédié aux arts de la scène, le festival New Settings #7 programme également d’autres propositions aux croisements des mediums tel que Ermitologie, nouvelle création du duo Yvan Clédat et Coco Petitpierre, du 15 au 19 novembre à Nanterre-Amandiers.

Photo : Gerard & Kelly, Timelining, 2014.The Kitchen, New York, NY, avril 2014. © Elisabeth Bernstein. Courtesy of the artists

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Publié le 25/09/2017


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