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Rites, José Navas

La danse est comme pour d’autres disciplines un art nécessitant un engagement total pour celui ou celle qui la pratique. À cinquante ans, José Navas célèbre la beauté de ce travail par un remarquable solo sous forme de lyrisme ritualisé. D’origine vénézuélienne, le danseur se livre à une interprétation de chorégraphies marquées chaque fois par un changement de costume à la vue du public.

Du Jazz à la musique classique, le soliste nous donne à voir la maturité de gestes répétés et travaillés tout au long d’une carrière. Comme une longue métaphore du temps qui passe et du changement, l’atmosphère et les rythmes évoluent, tout comme les costumes. De Nina Simone au Sacre du printemps d’Igor Stravinski, la variation des émotions nous amène à apprécier l’amour et la foi dont témoigne le danseur en son art.

Le temps marque les corps, mais celui de José Navas semble habité d’une grâce qui rend sa passion invincible. Il dépasse petit à petit ses limites jusqu’à l’apogée de cet engagement physique dans l’interprétation finale du Sacre du printemps. Il n’est pas question de tour de force, mais plutôt d’intimité artistique partagée avec sincérité. Cette majestueuse mise à nu est présentée comme un cérémoniel qu’il met en place avec beaucoup de sensualité et de caractère. Quelques tableaux unissent la virilité à la féminité dans une esthétique raffinée : le voile noir porté comme jupon magnifie par exemple sa musculature et sa fluidité de mouvement. Même si le temps d’habillage aurait pu être davantage mis en scène afin de mieux théâtraliser le silence, le danseur impose un respect de maître.

Cette présence magnétique sur scène nous donne à voir l’art chorégraphique comme une façon de vivre plus qu’une discipline en tant que telle. Le corps en est l’empreinte, la mémoire physique et spirituelle. Sur scène, le soliste semble être en harmonie avec lui-même, en tout maitrise de sa gestuelle dans l’espace. Dans l’intensité de l’instant, le public perçoit inévitablement le sacrifice que nécessite l’interprétation.

Comme l’écrivait si bien Isadora Duncan en 1928 dans Ma vie, la danse est un état d’être : « Mon art est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. (…) Devant le public qui venait en foule à mes représentations, je n’ai jamais hésité. Je lui ai donné les impulsions les plus secrètes de mon âme. Dès le début, je n’ai fait que danser ma vie. » A travers ses rites, José Navas se livre à cette mise à nu pleine d’audace et de pudeur.

Spectacle présenté par Danse danse, place des arts à Montréal. Chorégraphie, danse: José Navas Eclairages: Marc Parent, directeur technique: Pierre Lavoie, Costumes: Sonya Bayer, atelier Sonya B. Photo Danse danse.

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Publié le 07/12/2015


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