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IMG_0549-3© Chloé Gwinner

At the same time we were pointing a finger at you, we realized we were pointing three at ourselves, Robyn Orlin

Ce spectacle est issu de la rencontre entre la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin et neuf danseurs de la compagnie Jant-Bi dirigée par la chorégraphe sénégalaise Germaine Acogny. Disciple de Maurice Béjart, elle a fondé l’Ecole des sables à Dakar, une des principales écoles de danse contemporaine en Afrique.

Sur scène sont disposées des bassines en plastique multicolores : elles composent comme un mur dressé au milieu du plateau. Un danseur apparaît. Il amplifie grâce à un micro, plié en deux, les claquements et glissements que produisent ses tongs quand il marche sur le parquet. Vêtus de couleurs vives et très contrastées, portant des tongs en plastiques et des lunettes de soleil, ses comparses surgissent ensuite un par un. Ils dansent au rythme des sons qu’ils produisent eux-mêmes comme ce sera le cas pendant tout le spectacle, dans une imaginative et facétieuse articulation entre les gestes et les sons.

La superposition de bassines s’effondre soudain. Regroupée à l’avant-scène, la troupe se fige devant le public : ils le regardent fixement un instant, enlèvent leurs lunettes de soleil et sautent du plateau pour escalader résolument les fauteuils des premiers rangs en se faufilant entre les spectateurs. Quand l’un prend la parole pour expliquer qu’ils sont là, avec nous, pour effectuer une cérémonie de purification et chasser les mauvais esprits de la salle de théâtre, on comprend que l’on ne va pas assister à un « simple » spectacle de danse.

Véritable élément de la chorégraphie, les bassines sont tour à tour amassées, attachées entre elles ou éparpillées sur le plateau ; elles sont intégrées aux mouvements des danseurs ou font office de percussions. Sur l’écran sont projetées au fur et à mesure des images hétéroclites : un motif de tissu, des vidéos montrant les protagonistes à Dakar, d’autres captées en direct par les danseurs qui se filment eux-mêmes avec un téléphone mobile… Celui-ci est omniprésent. Ainsi, un écran de téléphone est projeté à plusieurs reprises, faisant passer un message de « Robyn » au « spectateur », afin d’expliquer à celui-ci le déroulement du spectacle et le comportement des personnages : cela permet notamment de lui faire comprendre qu’il est en train d’assister à une évocation de la fête du Simb, la cérémonie du « faux lion », évènement très populaire au Sénégal. Le procédé se veut humoristique (à grand renfort de LOL) mais reste très explicatif et provoque une mise à distance étrange : alors que le public est sans cesse directement interpellé et questionné par les interprètes, ce dispositif le rend paradoxalement plus observateur que participant.

Dans un tourbillon énergique, tradition et modernité s’entremêlent avec inventivité, dressant le portrait d’une Afrique bouillonnante, attachée à ses racines mythiques tout en étant résolument tournée vers le présent et débordante de créativité. Toutefois, malgré la belle performance de ces talentueux danseurs qui enchaînent, avec énergie et humour, solos de danse, chants, multiples travestissements et discours, le spectacle reste poussif et désordonné. Il pâtit de son côté fourre-tout. En voulant trop en dire – ou en faire dire à ses interprètes -, Robyn Orlin perd le fil de son propos. C’est un véritable show, souvent drôle et interactif, mais il manque de lisibilité et de lignes directrices et se conclut avec incongruité sur une séquence traitant sans aucune finesse de l’actualité politique.

Vu au 104 dans le cadre du festival séquence danse à Paris. Une proposition de Robyn Orlin avec la compagnie Jant-Bi / Germaine Acogny. Danseurs Hans Peter Diop Ibaghino, Khalifa Ababacar Top, Adelinou Dasylva, Tchébé Bertrand Saky, Claude Marius Gomis, Aliou Ndoye, Mamadou Baldé, Mohamed Abdoulaye Kane. Création lumière Laïs Foulc. Création costume  Birgit Neppl. Vidéo Aldo Lee. Scénographie Robyn Orlin en collaboration avec Maciej Fiszer. Photo de Chloé Gwinner.

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Publié le 25/03/2015


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