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Rule of Three, Jan Martens

Son nom est désormais associé à la nouvelle danse contemporaine belge : le raz-de-marée Jan Martens qu’on annonçait en 2014 à la création de The Dog Days Are Over a bien eu lieu : plus de 100 dates à travers l’Europe et le Canada qui ont entériné la réputation de ce nouveau venu. Créée en septembre dernier à Anvers, sa dernière création Rule of Three est déjà programmée pour une cinquantaine de dates en Europe et aux États-Unis. Aujourd’hui de passage à Paris, la pièce est présentée par le Théâtre de la Ville où il avait déjà présenté la saison dernière son précédent opus, le solo Ode to the attempt

Salle comble à l’Espace Pierre Cardin, l’aura magnétique du jeune flamand n’est plus à démontrer. Désormais tête d’affiche des plus grands festivals internationaux, c’est dans le cadre du Festival d’Automne à Paris qu’il présente pour la première fois en France Rule of Three, trio créé avec deux complices de longue date : les danseurs Steven Michel et Julien Josse, déjà aperçus dans les précédentes créations du chorégraphe. Nouvelle venue dans l’équipe, la danseuse Courtney May Robertson qui détonne par sa petite taille à coté de ses deux partenaires. Ce trio est accompagné par le musicien Michael Kuhn – plus communément appelé NAH – qui signe la musique en live de la pièce, assis derrière sa batterie placée dans le fond de scène à jardin.

Si les précédents spectacles de Jan Martens se développaient chacun autour d’une seule et unique idée, explorée et creusée jusqu’à l’épuisement, Rule of Three (en français : règle de trois) s’applique à déconstruire et déjouer toute attente de la part du spectateur. Composée d’une succession de séquences hétéroclites, la performance est un enchainement de « hits » comme l’annonce d’emblée la tracklist projetée sur le fond de scène pendant que le public s’installe : Suddenly afraid, Steven solo, Chin, Gum dance, Sandwalker, Blue transit, Zombie spiral, Groovy Fours, Dog hair, Manipulation threat, Dali, Coco, Throat Dance, Alarm, Hardbeart, Writing, Unwriting. Des titres mystérieux qui n’apporteront aucune significations aux séquences disparates qui construisent la structure du spectacle.

La musique nerveuse et assourdissante de NAH accompagne l’écriture intense et acérée de Jan Martens : le chorégraphe échafaude avec malice une partition qui côtoie les extrêmes. Danse, musique, lumière, texte, costumes, chaque médium contraste dans ses jeux d’associations. De quelques secondes à plusieurs minutes, de la pénombre à la lumière crue, du solo au trio, les tableaux se suivent et ne se ressemblent pas, à la manière d’un zapping visuel et sonore qui ne laisse aucune place à l’épuisement. Entre deux séquences dansées, les mots de l’auteure américaine Lydia Davis, projetés en fond de plateau, viennent parfois offrir une respiration. En silence et éclairé par une lumière blafarde, la dernière partie du spectacle offrira une accalmie inopinée : les trois danseurs se dénudent intégralement et réalisent une série de lents tableaux énigmatiques où corps et peaux s’emboitent et s’entremêlent avec harmonie.

Autant fascinant que déconcertant, Rule of Three confirme une nouvelle fois le talent de Jan Martens quand il s’agit de casser les codes et les attentes spectaculaires d’un objet chorégraphique. Aujourd’hui artiste associé au Gymnase CDC à Roubaix, le chorégraphe est également candidat à la direction du Ballet du Nord, poste occupé actuellement par Olivier Dubois dont le mandat se termine en fin d’année. La perspective de voir le jeune chorégraphe occuper un poste de direction institutionnel est tout à la fois intriguante et stimulante, tant sa vision radicale du spectacle chorégraphique pourrait renouveler et inventer de nouvelles façons de produire et montrer la danse.

Concept Jan Martens. Avec Steven Michel, Julien Josse, Courtney May Robertson. Musique live créée et interprétée par NAH. Avec des histoires courtes de Lydia Davis. Costumes Valérie Hellebaut. Lumières Jan Fedinger. Technique Michel Spang. Dramaturge et répétitrice Greet Van Poeck. Photo © Phile Deprez.

Mise à jour 16/11/2017 : Jan Martens a décidé de retirer sa candidature à la direction du CCN de Roubaix afin de se consacrer entièrement au développement artistique de son travail et de la plateforme chorégraphique belge GRIP qu’il co-dirige avec Klaartje Oerlemans.

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Publié le 14/11/2017


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