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Daniel Léveillé

Solitudes duo, Daniel Léveillé

À la suite des Solitudes Solo, créés en 2012, le chorégraphe canadien Daniel Léveillé met en scène sept interprètes qui se succèdent en duo pour explorer les possibles d’une danse à deux. D’élans partagés en émotions tactiles, les couples d’hommes et de femmes éprouvent le corps de l’autre et se dévoilent eux-mêmes.

Deux solitaires franchissent le rideau des coulisses, traversent la scène et se retrouvent en son centre, sur une toile blanche qui délimite l’espace du duo. La danse est ce par quoi ils se rencontrent : un geste partagé à la recherche d’une harmonie commune. Les bras déployés, une jambe relevée, ils trouvent au même instant le mouvement d’oscillation du buste qui garantit leur équilibre, sans un mot ils s’écoutent et s’accordent.

À mesure que leurs corps se rapprochent leurs regards se font plus lointains : ils s’enlacent sans s’étreindre, se touchent sans se caresser, et là se noue l’intensité dramatique de la pièce. Un corps à corps dénué d’érotisme, où leurs bassins se frôlent pour défier la gravité. Ils s’empoignent et se soulèvent pour mieux tomber, car la virtuosité des portés réside moins dans l’élan que dans sa chute : leurs dos se ploient, ils redressent le buste tandis que leurs mains se joignent. Alors la danseuse d’un bond s’enroule autour de lui et par un sursaut détend ses bras. Elle reste suspendue à sa nuque, lentement se laisse glisser jusqu’au sol. Chacun épouse le corps de l’autre puis doucement s’en détache, comme pour en garder sur lui l’empreinte.

La quasi nudité des interprètes paradoxalement enraye le pouvoir érotique du corps. On ne voit d’un regard que leurs muscles rendus saillants par l’effort, l’épaisseur de leurs membres et la texture de la peau. La chair rougit, brûle ou blanchit sous la pression des doigts, elle témoigne des multiples manières de se toucher. Effleurée ou pétrie, elle compose le récit des corps, entremêlé à celui de leur danse.

Du geste le plus anecdotique nait un mouvement plus ample qui modifie imperceptiblement l’équilibre du duo. Sur les notes qu’égrène un clavecin, la danseuse effleure le pied de sa partenaire puis le saisit plus fermement et étire sa jambe jusqu’à ce qu’elle-même roule sur le sol qui résonne en écho. À cet instant, la danse à deux se mue en un trio où le parquet vibre, amplifie et recueille le poids des danseurs. Sans un geste, les duos prennent fin lorsqu’un troisième interprète pénètre sur la toile blanche : leurs regards furtivement se croisent, l’un des deux alors se détourne et s’en va.

On garde en mémoire ces derniers instants où la danseuse s’élève depuis les reins courbés de son partenaire qui tournoie lentement. Ils s’allongent sur le dos et respirent à l’unisson.

La justesse de Solitudes duo réside certainement dans la qualité d’écoute de ses interprètes, qui tissent entre eux d’éphémères unions. L’épure de la danse met à nu les corps et leurs gestes, et c’est peut être là, dans l’exigence d’un mouvement naît à travers l’autre, que réside l’essence de la danse à deux.

Vu au Théâtre de la Cité Internationale. Chorégraphie : Daniel Léveillé. Avec Mathieu Campeau, Ellen Furey, Esther Gaudette, Justin Gionet, Brianna Lombardo, Emmanuel Proulx et Simon Renaud. Lumière : Marc Parent. Musique : Jean-Sébastien Bach, Pancrace Royer. Costumes : Geneviève Lizotte. Photo de Denis Farley.

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Publié le 27/01/2016


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