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Le Songe d’une nuit d’été, George Balanchine

Jeudi 9 mars 2017, lors de sa première à l’Opéra Bastille, Songe d’une nuit d’été est devenu le 40ème ballet de George Balanchine au répertoire de l’Opéra de Paris. Cette pièce, créée en 1962 pour le New York City Ballet, est l’un des rares ballets narratifs du chorégraphe. Incontournable dans le répertoire de sa compagnie d’origine, il fait chaque année l’objet d’une série de représentations pour clôturer la saison de printemps. Sur les partitions de Felix Mendelssohn et inspiré par la pièce éponyme de William Shakespeare, Balanchine a créé un divertissement comique qui mêle agilité technique et musicalité impeccable, toutes deux propres à son style, pour raconter l’histoire de Titania, Oberon, Helena, Hermia, Lisandre et Demetrius.

Avant le lever de rideau, la musique commence. Le chef d’orchestre, Simon Hewett, invite le spectateur à fermer les yeux pendant qu’Ein Sommernachtstraum envahit la grande salle de l’Opéra Bastille. Les quelques minutes de musique pure induisent un tel état de légèreté que lorsque le rideau se lève enfin, dévoilant le riche décor du premier tableau, il en est la continuité harmonieuse.

Pour cette mise en scène, Benjamin Millepied, ex-directeur de la danse à l’Opéra de Paris, a invité le couturier Christian Lacroix à revisiter les costumes et les décors et à remettre au goût du jour les tissus et les textures. Malgré la contrainte de fidélité imposée par le Balanchine Trust, détenteur des droits de toutes les œuvres du chorégraphe, Christian Lacroix a introduit son style en créant pour le premier tableau une forêt réaliste et, pour le deuxième tableau, un royaume des fées fleuri aux tons pastel. Les elfes du premier acte, interprétés par les élèves de l’école de l’Opéra, ont tous des costumes différents qui portent aussi sa signature, sans déséquilibrer l’ensemble. Le raffinement et les détails sont partout. Les cristaux, étincelants, sont également très présents au deuxième acte, 900 000 Swarovski ayant été cousus sur les nombreux costumes or et blancs de cette production.

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Dans le premier acte, Balanchine réussi l’exploit de réduire l’intrigue Shakespearienne à l’essentiel : Obéron, le roi de ce monde féerique, et Titania, sa reine, se querellent au sujet d’un enfant, que chacun d’eux veut asservir à son envie. Pour mettre fin à la querelle, Obéron ordonne à Puck de lui apporter la fleur traversée par la flèche de Cupidon, faisant tomber quiconque amoureux de la première personne aperçue, afin de l’utiliser sur Titania.

Entre-temps Puck, le lutin malicieux qui aime jouer avec les voyageurs et faire des ruses, se mêle aux histoires de deux couples de mortels et utilise le pouvoir de la fleur sur eux. Le couple d’amoureux formé par Hermia et Lysandre se déchire alors car, sous l’influence de la fleur, Lysandre tombe amoureux d’Helena. Démétrius, qui refusait l’amour d’Helena et cherchait l’amour d’Hermia, tombe aussi amoureux d’Helena. Les deux hommes se battent pour avoir l’attention de cette dernière alors qu’Hermia fond en larmes en voyant son amoureux courir après une autre. A la demande d’Obéron, Puck remet ensuite de l’ordre dans les couples qui se réveillent le lendemain sans aucun souvenir. Le duc Thésée et sa bien-aimée Hippolyte, qui allaient se marier, rencontrent les couples et proposent de célébrer le même jour un triple mariage. Le deuxième acte consiste en un divertissement en hommage aux nouveaux mariés.

Sur la scène de l’Opéra Bastille, pas moins de 5 danseurs étoiles donnent vie aux différentes personnalités de cette intrigue. La précision technique, la musicalité et l’interprétation demandent des danseurs une immersion complète dans leurs rôles. La quantité de personnages sur scène impose cette précision. Du caractère joyeux de Titania, à la détermination d’Hippolyte, jusqu’aux expressions d’amour plus lyriques des deux couples, les gestes dansés traduisent les intentions et les couleurs de chaque tableau ainsi que l’évolution de l’histoire.

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Comme si tous ces éléments n’étaient pas déjà suffisants, la technique et le style de George Balanchine complexifient un peu plus l’interprétation du ballet. Les développés de jambe hors axe, les pirouettes finissant par un coup de tête vibrant, les enchaînements de déboulés constants, les battements de jambe rapides et dynamiques, sont des éléments récurrents dans ses ballets et très présents dans Songe d’une nuit d’été. Malgré le changement d’ambiance imposé par cette technique et ce style, qui sont quelque peu éloignés de ceux de l’Opéra de Paris, plusieurs danseurs se démarquent par leur interprétation. À noter ainsi l’agilité de Paul Marque dans le rôle d’Obéron ; L’expressivité et le jeu exprimé par Hugo Vigliotti dans le rôle de Puck ; Le lyrisme et la douceur de Laëtitia Pujol dans le rôle d’Hermia ; Et, en point d’orgue, la démonstration technique parfaite de Sae Eun Park et de Karl Paquette dans le pas de deux de Divertissement au deuxième acte. Il est cependant regrettable que le corps de ballet ne suive pas ces élans et ne soit apparemment pas inspiré par la performance des solistes et des étoiles.

L’Opéra de Paris propose une véritable immersion dans un monde mythique et magique mêlé au monde réel et à ses désillusions amoureuses. La comédie est légère et fait s’évaporer toute pensée tragique ou dramatique classiquement associées aux pièces de William Shakespeare. C’est un ballet tout public, rehaussé par un décor riche et raffiné et par une musique finement jouée.

Vu à l’Opéra Bastille. Le Songe d’une nuit d’été d’après William Shakespeare. Musique Felix Mendelssohn-Bartholdy. Chorégraphie George Balanchine réglée par Sandra Jennings. Décors Christian Lacroix. Costumes Christian Lacroix d’après les maquettes originales de Barbara Karinska. Lumières Jennifer Tipton. Avec le corps de ballet de l’Opéra et la participation des élèves de l’École de danse. Photos © Agathe Poupeney / Opéra National de Paris.

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Publié le 13/03/2017


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