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Michael Slobodian

Symphonie 5.1, Isabelle Van Grimde / Corps Secrets

Comme un grand cérémoniel de danse contemporaine, Maurice Béjart présentait en 1967 sa célèbre Messe pour le temps présent. Accompagnée des samples de l’avant-garde Pierre-Henry, la chorégraphie aura marqué une époque par l’audace d’un point de vue radicalement nouveau sur la performance du temps, des corps et de l’espace. Près de cinquante années plus tard le numérique investit massivement notre quotidien et bouleverse les rapports au monde qui nous entoure. Ces questionnements environnementaux sont bel et bien présents dans l’oeuvre de plus en plus d’artistes qui n’hésitent pas à exploiter différents procédés et user de cette magie technologique. Aujourd’hui, l’art digital n’a jamais été autant rendu humain que par la danse. En collaboration avec Adrien Mondot et Claire Bardaine, Mourad Merzouki nous donnait à voir en 2014 un remarquable exemple de ces possibilités avec Pixel. Isabelle Van Grimde compte donc parmi ces personnalités artistiques qui exploitent toute la potentialité des réalités virtuelles.

Sur scène, un couple adulte et deux adolescents occupent l’espace en interaction avec des projections numériques de leur propre image. L’ensemble évoque l’idée d’une humanité prospective au langage énigmatique. Successivement rapide et lente, la gestuelle évoque celle de créatures futuristes appartenant à une société secrète. Entre matérialité des corps et virtualité des images, une synesthésie devient tangible. Les mouvements captés sur scène sont simultanément projetés de sorte que les danseurs se confondent à leur avatars et perdent le spectateur dans sa sensation des espaces. Ils évoluent dans un environnement virtuel de graphismes géométriques structurés par une technique de mapping. Nous voilà plongés dans une dimension future ou l’onde musicale et visuelle alimentent l’énergie humaine. La musique live ne fait que souligner ces sensations de vibration par des nappes sonores atmosphériques et des percussions plus toniques.

Bien que le sujet soit largement exploité par de nombreux artistes contemporains, Symphonie 5.1 reste une création interpellante en matière de performance et de recherche artistique, à condition peut-être de ne pas confondre poésie visuelle et science. En véritable performance trans-médias, l’oeuvre témoigne avec audace de l’ère connectée dans laquelle nous vivons, parfois qualifiée de « paléo-digitale ». Elle semble annoncer les prémices des mutations d’un environnement dans lequel nous serons potentiellement amenés à des perceptions du temps et de l’espace plus immédiates. C’est dans cet écrin évanescent que se meuvent corps et écrans, composant la symphonie d’êtres qui s’écrivent par leurs gestes, de flux qui se lisent au sein d’un monde de signes et d’images. Comme le rappelle Isabelle Van Grimde, « le chorégraphe est à la base orchestrateur de corps, de temps et d’image ».

Vu à l’agora de la danse à Montréal. Direction artistique et chorégraphie Isabelle Van Grimde. Création et interprétation avec Marie-Eve Lafontaine, Samaël Maurice, Maya Robitaille et Georges-Nicolas Tremblay. Compositeurs-interprètes Tim Brady, Thom Gossage. Design visuel et d’intéraction Jérôme Delapierre. Direction technique, régie et consultation éclairages Emilie Bérubé-Dionne. Ingénieur son Bernard Grenon. Photographie de Michael Slobodian.

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Publié le 04/02/2016


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