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Francois Stemmer

Tragédie, Olivier Dubois

Désormais directeur du centre chorégraphique national de Roubaix depuis deux ans, Olivier Dubois vient clore, avec Tragédie, le Festival À Corps au TAP Poitier, dont l’un des axes majeurs était cette année, la nudité sur scène. Pièce désormais célèbre, Tragédie (2012) s’inscrit dans un triptyque intitulé Études critiques pour un trompe l’œil, entamé en 2009 avec Révolution et le solo Rouge (2011).

Dix-huit interprètes, neuf hommes et neuf femmes nus, une écriture pointilleuse, des alexandrins en guise de pas telle est la base de Tragédie. Douze petits pas et puis s’en va… Pas. Inlassablement, douze, douze, douze, la marche en alexandrin jamais ne se stoppe, parfois ralentit, marque des suspensions, mais toujours perdure. Oh, bien sur, marcher est simple, tout homme marche, seul l’homme marche d’ailleurs. Mais si a priori marcher parait simple elle en dit déjà beaucoup sur notre identité, notre humanité. Toutefois « le simple fait d’être un homme ne fait pas Humanité, voilà la tragédie de notre existence. » tels sont les mots d’Olivier Dubois dans sa note d’intention.

Beaucoup de marche, énormément de marche, mais pour autant, on ne peut pas qualifier la pièce d’Olivier Dubois comme étant une pièce de marche, comme cela à pu être dit sur les pièces de Paxton. Ici, ce n’est pas la marche comme mouvement quotidien et fonctionnel, mais la marche comme mouvement et élan vital à l’Humanité.

Avec Olivier Dubois, tout est réglé comme du papier à musique, et ceci n’est pas qu’une expression. La musique électronique de Francois Caffenne colle à l’évolution de la pièce, elle sait se faire puissante, rythmée, soutenue, douce, agressive et percutante, tout comme les corps des interprètes. Cette musique diffusée avec un haut niveau sonore participe et amplifie l’empathie kinesthésique du spectateur, on a envie de se lever et de danser avec eux dans cette orgie communautaire.

La chorégraphie est parfaitement réglée et ne laisse place à aucune erreur, tout est millimétré. Les corps se frôlent mais jamais ne se heurtent ; l’espace a été parfaitement étudié. Olivier Dubois ferait un parfait machiniste… Même lorsqu’ un geste parasite, pulsionnel, une sorte de spasme se propage au sein du groupe et que la machine s’enraille les interprètes gardent toujours un parfait contrôle de l’espace ce qui rend les rares contacts, peau à peau, d’autant plus jouissif.

Être ensemble, faire communauté, faire humanité voilà la jolie utopie qui se dégage de cette pièce. Marcher ensemble, partager l’état de fatigue, faire corps commun… Même lors des moments d’unisson, où les gestes ne sont pas parfaitement ensemble, peut importe, l’important est de partager une forme commune et un état, créer une communauté mais où chaque individu reste identifiable et ne se perd pas dans une masse… La nudité comme communauté.

Vu au Théâtre auditorium de Poitiers, dans le cadre du festival à corps. Création Olivier Dubois. Musique François Caffenne. Lumière Patrick Riou. Avec Benjamin Bertrand, Mathieu Calmelet, Marie-Laure Caradec, Sylvain Decloitre, Marianne Descamps, Jacquelyn Elder, Virginie Garcia, Karine Girard, Inés Hernandez, Steven Hervouet, Mohamed Kouadri, Isabelle Kürzi, Sébastien Ledig, Thierry Micouin, Jorge More Calderon, Loren Palmer, Sébastien Perrault, Sandra Savin. Photo de Francois Stemmer.

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Publié le 13/04/2016


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