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Olivier Meyrou

Tu, Olivier Meyrou

Une chanson doucement fredonnée, des volutes de papier révélées par le faisceau d’un projecteur ; Tu, la pièce de l’acrobate Matias Pilet chorégraphiée par Olivier Meyrou se vit comme une invitation poétique au songe et à l’introspection.
 
Alors que se dessinent faiblement les chatoiements d’un hologramme projeté sur une toile en fond de scène, l’ouïe est attirée par des frissonnements de papier froissé. On croit deviner la silhouette d’un danseur qui rampe au sol, comme prisonnier d’un cocon de ce papier qui le dissimule et l’enserre. Il émerge un instant, dévoile une jambe et surgit finalement dans un saut prodigieux. Voltigeur aux cabrioles enfantines, souples et légères qu’il répète à loisir, il s’entoure de minces bandes de papier qui se déroulent des cintres : tordues, chiffonnées, il s’y prélasse, tandis que résonne l’écho d’un souffle enregistré. Les gestes du danseur paraissent d’une fluidité aquatique, presque amniotique, corps acrobate mu par de brusques et profondes impulsions lorsqu’il surgit par surprise de l’obscurité et semble prêt à s’élancer vers nous.
 
Tu oscille sans cesse entre la réalité et le rêve, se joue de la quiétude d’un sommeil presque utérin et pénètre dans les remous d’un passé inconscient : alors que sous la lumière rasante la scène se pare de reflets marins le danseur semble plonger dans une eau sombre et immobile. Les scènes chorégraphiées alternent avec de nombreuses projections et séquences sonores lors desquelles le danseur demeure prostré, ses longs doigts effleurant avec délicatesse son visage.
 
La toile de fond luminescente devient à son tour un terrain de jeu pour le danseur qui se livre à des acrobaties arachnéennes ; alors que son équilibre ne tient qu’à un fil, son corps parait englouti par les ombres, silhouette en apesanteur. Sur cette même toile s’éclaire le cadre minuscule d’une projection vidéo qui semble jaillir de son propre esprit. Il s’agenouille lorsque l’écran s’anime et la voix d’une femme retrace en espagnol l’histoire tragique d‘un enfant mort-né, jumeau presque fictif du danseur qui désormais mêle ses gestes à ceux des personnages.
 
Alors les images abstraites pour nous se chargent de sens et les ondoyants hologrammes semblent désormais se muer en d’inquiétantes et gigantesques échographies. La danse elle-même semble perdre de son innocence et se fait plus sobre, moins aérienne.
 
Tu, comme une adresse laissée sans réponse, poursuit une quête très biographique, envahissante quelquefois, à l’image des bourrasques de vent qui perpétuellement agitent le plateau et contre lesquelles le danseur lutte pour rarement triompher. Les pales des ventilateurs projettent leurs ombres menaçantes sur les rideaux des coulisses et les tourbillons de papier se conjuguent aux tourments intérieurs : entraves invisibles mais dont l’empreinte pèse douloureusement sur sa danse. À la menace l’acrobate répond par le geste virtuose et provocateur d’une poignée de confettis qui jaillit de sa main et sur laquelle la scène s’éteint.
 
Si la pièce ne cherche pas à se démarquer par une inventivité gestuelle et scénographique particulière, elle laisse cependant le souvenir d’une errance douce et subtile, d’un vague à l’âme quelquefois malhabile mais cependant toujours sincère et touchant.
 
Vu au Monfort Théâtre. Mise en scène Olivier Meyrou, dramaturgie Amrita David et Olivier Meyrou, interprète Matias pilet, musique François-Eudes Chanfrault et Sébastien Savine, scénographie Simon André, création lumières Nicolas Boudier, créations vidéo Loïc Bontems. Photo Olivier Meyrou. 

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Publié le 10/09/2016


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