Arno Schuitemaker « Danser jusqu’à finir par lâcher prise »

Par . Publié le 20/03/2018

© Alwin Poiana

En moins d’une décennie, le chorégraphe néerlandais Arno Schuitemaker s’est imposé comme une figure singulière de la danse aux Pays-Bas. Dans ses performances, le chorégraphe explore la perception du mouvement et la sensorialité de la musique à travers une écriture chorégraphique intense et exutoire. Arno Schuitemaker a accepté de revenir avec nous sur les enjeux et les particularités qui innervent et jalonnent l’ensemble de son travail.

Au regard de vos dernières pièces, retrouve-t-on des analogies entre vos différents travaux ?

Chaque création a sa propre identité et porte des enjeux méthodologiques différents. Pour While We Strive (2015), j’ai principalement travaillé avec le compositeur Massimo Cervini, alors que pour I Will Wait For You (2016) est né dans une collaboration avec la créatrice lumière Ellen Knops. Avec ma dernière création If You Could See Me Now (2017), j’ai travaillé conjointement avec le compositeur Wim Selles et la créatrice lumière Vinny Jones. Ces différents points de départ induisent forcément un chemin singulier pour chaque projet. Cependant, toutes mes pièces ont bien quelque chose en commun et mon approche de la chorégraphie reste identique dans mes recherches : il s’agit toujours d’un travail autour de la perception sensorielle du mouvement avec le son et la lumière.

Comment ces deux médiums interagissent-ils avec votre écriture chorégraphique ?

En restant sur des dynamiques et des rythmes différents, le mouvement, la lumière et le son se soutiennent et  se confrontent dans l’écriture de chacune de mes pièces. Ce dialogue permanent entre les médiums permet de créer une tension palpable au coeur de la performance, chaque élément devient alors une valeur ajoutée pour les autres. Avec du recul, je peux également dire aujourd’hui que mon parcours en tant que chercheur en science nourrit et influence intrinsèquement les perspectives de mon travail de chorégraphe : engager les spectateurs dans une expérience sensorielle et stimuler leurs perceptions visuelles rend la perception du mouvement d’autant plus intense.

Nous retrouvons dans votre travail une obsession pour des motifs chorégraphiques qui se répètent en boucle. 

Dans chacune de mes pièces, nous pouvons en effet retrouver – à différents degrés – un véritable intérêt pour le motif de la répétition. Mais au fur et à mesure de mes projets, mes principales préoccupations se sont orientées et développées dans un travail sur la transformation, l’évolution et la variation du mouvement que sur sa réelle répétition. Au final, ce qui m’intéresse dans cette transformation, c’est la perception d’un motif chorégraphique qui se répète en boucle, mais qui en réalité se développe et évolue de manière imperceptible.

Chacune de vos pièces se construit également sur l’endurance des danseurs. Quels sont les enjeux de traverser des états physiques extrêmes ?

J’ai le sentiment que traverser des états physiques extrêmes permet de créer une sensibilité plus intense à l’égard de notre corps, de se rendre compte de chacun de nos mouvements, jusqu’à finir par lâcher prise. À mes yeux, un très bel état de présence se manifeste chez les danseurs qui s’abandonnent, un différent type d’énergie également, plus communicative je pense. Et j’ai la sensation qu’on peut sentir cette énergie déployée sur le plateau circuler chez le spectateur.

Photo © Alwin Poiana


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