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Damien Jalet « Le théâtre et la danse viennent du même endroit »

Depuis maintenant plus d’une quinzaine d’années, le danseur et chorégraphe Damien Jalet multiplie les rencontres artistiques : il collabore notamment avec le plasticien américain Jim Hodges, le chorégraphe flamand Sidi Larbi Cherkaoui, la danseuse et chorégraphe islandaise Erna Omarsdottir, le plasticien japonais Nawa Kohei, le réalisateur italien Luca Guadagnino ou encore les stylistes Bernhard Willhelm et Hussein Chalayan. Dans cette volonté de fusionner les pratiques, il travaille régulièrement depuis plus d’une dizaine d’années avec le metteur en scène Arthur Nauzyciel. Fruit d’une première synergie entre ces deux artistes en 2006, L’Image est aujourd’hui repris exceptionnellement du 17 au 19 novembre au Musée de la danse à Rennes à l’occasion de la première édition du Festival TNB. Damien Jalet a accepté de revenir sur sa collaboration avec Arthur Nauzyciel et sur sa conception du dialogue entre danse et théâtre.

Vous collaborez avec le metteur en scène Arthur Nauzyciel depuis maintenant plusieurs années. Quels souvenirs avez-vous de votre première rencontre artistique ?

Notre première collaboration fut justement L’Image, que nous présentons aujourd’hui à Rennes. Nous l’avons créé en 2006 lors des célébrations autour du centenaire de Samuel Beckett à Dublin, avec la comédienne Anne Bochet et le scénographe Giulio Lichtener. Nous avons investi une chapelle abandonnée dont le sol fut entièrement recouvert de gazon frais. C’était un processus très spontané, l’idée était de faire une interprétation physique de ce court texte sans aucune ponctuation, à la façon de l’articulation d’un souvenir de jeunesse. Les images y surgissent un peu comme des interférences radiophoniques. Nous sommes partis de ce même processus d’associations pour créer cette partition, comme si le corps était traversé et incarnait ces bribes de souvenirs avant qu’ils ne disparaissent. Je me souviens que le gazon était très humide le soir de la première, je pense que j’avais de la fièvre et j’étais littéralement dans un état un peu second.

Nous voyons aujourd’hui de plus en plus de chorégraphes collaborer avec des metteurs en scènes. À vos yeux, quels sont les enjeux de ces collaborations ?

Je pars du principe que le théâtre et la danse viennent du même endroit, qu’ils ont été séparés par un désir de spécialisation, mais les deux ont à voir avec la présence, l’incarnation. Sur chaque spectacle que nous avons conçu ensemble avec Arthur, la priorité était avant tout de trouver un espace de résonance. Il faut que tout s’imbrique et que le travail du mouvement trouve sa nécessité, au même titre que tout les autres éléments du spectacle. C’est passionnant parce ce que pour chaque pièce, il faut complètement réadapter les méthodes et le langage physique. Le texte est très important pour Arthur, il passe énormément de temps à la table avec ses acteurs. Pour Splendid’s (créé à New York en 2014, ndlr), j’ai travaillé chaque jours pendant deux heures avec les acteurs à explorer physiquement les idées péchées dans le texte de Jean Genet. L’idée était qu’ils développent eux même leur langage physique, comme un matériau brut déconnecté des scènes spécifiques.

Comment travaillez-vous avec des comédiens ? Quelles différences avec des danseurs ?

Les acteurs fonctionnent énormément par images. Ils peuvent faire des choses incroyables si leur imaginaire est stimulé. Et le plus excitant pour eux comme pour moi, c’est quand ça vient d’eux. Le travail technique, dans la précision est bien sûr bien plus lent qu’avec des danseurs mais parfois, en prenant quelques détours on peut aller très vite. Pour La Mouette (spectacle créé en 2012 dans la Cours d’Honneur au festival d’Avignon, ndlr), j’avais demandé aux acteurs présents lors du quatrième acte de marcher comme si la force de la gravité était décuplée, comme si nous étions sur une planète deux fois plus grande et tous ont immédiatement incarné cette idée physiquement tout au long de l’acte avec une constance remarquable. Ce que j’ai appris avec Arthur, c’est à quel point le corps peut amplifier incroyablement le pouvoir des mots, un peu comme un mégaphone ou la caisse de résonance d’un instrument. Et si le corps est juste, s’il propose un contrepoint fort aux mots, alors le texte dit a un impact émotionnel beaucoup plus puissant, les mots trouvant une racine physique.

L’Image a été créé il y a plus de 10 ans, en quoi cette pièce est différente des autres créations d’Arthur Nauzyciel ? 

C’est la seule pièce d’Arthur dans laquelle je danse, à l’exception du Musée de la mer de Marie Darrieussecq (créé en 2008, ndlr) où je jouais le rôle de Bella, un monstre marin… Du coup, c’est sur qu’elle tient une place particulière pour moi. Danser en silence pendant quinze minutes, en écho à tout ce qui a été dit et joué avant, dans la même lumière que le public, est très intense. C’est également physiquement très éprouvant, étant donné que LImage a été créé il y a plus de dix ans. Je ne suis pas monté sur scène depuis plus de deux ans et je suis à la fois terrorisé et impatient de la refaire.

Du 17 au 19 novembre au Musée de la danse / Festival TNB. Texte Samuel Beckett. Conception Arthur Nauzyciel. Scénographie Guilio Lichtner. Chorégraphie Damien Jalet. Avec Lou Doillon, Damien Jalet et Francois Robin. Photo © Christian Lartillot.

Damien Jalet présentera également Yama avec la compagnie écossaise Scottish Dance Theatre du 13 au 15 décembre 2018 au Théâtre National de Bretagne, où il est désormais artiste associé. 

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Publié le 16/11/2017


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