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© Stephan Vanfleteren

Jan Fabre « L’artiste doit être un souverain »

Pause estivale pour certains, tournée des festivals pour d’autres, l’été est souvent l’occasion de prendre du recul, de faire le bilan de la saison passée, mais également d’organiser celle à venir. Ce temps de latence, nous avons décidé de le mettre à profit en publiant tout l’été une série de portraits d’artistes. Figure établie ou émergente du spectacle vivant, chacune de ces personnalités s’est prêté au jeu des questions réponses. Ici, le plasticien, chorégraphe et metteur en scène Jan Fabre (1958).

Depuis ses liasses de billets de banque brulées à la fin des années soixante-dix, en passant par L’Histoire des larmes dans la Cour d’Honneur du Festival d’Avignon en 2005, jusqu’à ses fameux « lancers de chats » en 2012, le flamand Jan Fabre n’a jamais cessé de jouer avec le feu et de faire parler de lui. Cette année, le Musée d’Art Contemporain de Lyon a mit à l’honneur son travail avec l’exposition JAN FABRE – STIGMATA – Actions & Performances 1976- 2016. Quarante ans plus tard, il continue toujours de produire des oeuvres radicales, en témoigne sa performance de 24 heures intitulée Mount Olympus, qui sera d’ailleurs programmée pour la première fois en France en septembre prochain à La Villette. Actuellement au festival Impulstanz à Vienne, il y présente le solo I am a Mistake et sa nouvelle création Belgian Rules/Belgium Rules.

Quel est votre premier souvenir de danse ? 

Voir danser un couple sexy lorsque j’avais une dizaine d’année, à savoir mon père et ma mère. Et je me souviens avoir passé un dimanche soir pluvieux à regarder des films avec Fred Astaire et Ginger Rogers à la télévision belge.

Quels sont les spectacles qui vous ont le plus marqué en tant que spectateur ? 

L’un des spectacles de danse qui m’a fait la plus grande impression était le Boléro de Maurice Béjart avec le fantastique soliste Jorge Donn. La combinaison puissante de la danse et de la musique était exaltante. Quand j’ai vécu à New York au début des années 1980 j’ai également pu voir le répertoire de George Balanchine dansé par le New York City Ballet. Ce qui m’a frappé, c’était la division de l’espace. Pour la première fois de ma vie, j’ai vu la scène se transformer en une installation vivante. « Ballet is Woman » disait Balanchine. Dans ses spectacles, la grâce féminine et la clarté du mouvement sont essentielles. C’est après avoir vu ces spectacles que j’ai commencé à travailler avec des danseurs formés au classique.

Quels sont vos souvenirs les plus intenses en tant qu’artiste ?

En tant qu’interprète, mon souvenir le plus intense est probablement celui de la performance Virgin / Warrior avec l’artiste Marina Abromović au Palais de Tokyo en 2004. Pendant cinq heures, il y a eu un incroyable échange d’énergie mentale et physique. En tant que chorégraphe et metteur en scène, ce fut le processus de création de ma pièce Mount Olympus étalé sur douze mois. Il s’agit d’un spectacle de 24 heures que j’ai créé avec 27 comédiens et danseurs de ma compagnie avec lesquels j’ai collaboré sur une période de quarante ans. Regarder, entendre, ressentir ce marathon de théâtre, rester éveillé pendant plus de 24 heures, puis entendre à la fin l’ovation du public, est vraiment une expérience cathartique.

Quelle rencontre artistique a été la plus importante dans votre parcours ? 

Certains danseurs qui ont débuté leur carrière dans ma compagnie sont aujourd’hui devenus de grands chorégraphes, de bien meilleurs chorégraphes que moi. Je pense notamment à Marc Vanrunxt, Wim Vandekeybus, Emio Greco ou encore à Lisbeth Gruwez. Ils ont chacun contribué et influencé ma propre pensée et praxis du théâtre.

Quelle oeuvre chorégraphique se trouve aujourd’hui dans votre Panthéon de la danse ?

Artefact de William Forsythe : un chef d’oeuvre de la danse que j’ai vu en 1984. J’ai tellement aimé cette pièce qu’elle m’a rendu un peu jaloux ! Avec Artefact, je n’ai pas vu de chorégraphe au travail, mais un artiste qui travaille avec l’espace, le temps et les corps. C’était une révélation de voir comment il avait su occuper de l’espace du plateau, de l’avant-scène à ses extrémités, et les coulisses. Il avait étendu à la fois le paysage physique et mental de la danse.

À vos yeux, quels sont les enjeux de la danse aujourd’hui ?

Accepter que le cerveau est la partie du corps la plus sexy. Et explorer cette terra incognita.

À vos yeux, quel rôle doit avoir un artiste dans la société aujourd’hui ?

L’artiste doit être un souverain. Dans mes journaux de nuit (Édité par L’Arche sous le titre Journal de nuit 1978-1984 (tome I) en 2012, ndlr) j’ai écris :

Anvers, 2 décembre 1980
Mon studio est mon royaume.
Je suis le roi.
Et mon travail est ma constitution.

Anvers, 25 Juin 1982
L’autonomie de l’artiste.
Enfreindre ses propres lois et règles.

Photo © Stephan Vanfleteren

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Publié le 17/07/2017


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