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A bras le corp (Saison 2016-2017)

Karl Paquette & Stéphane Bullion, Deux étoiles à bras-le-corps

Après 20 danseurs pour le XXe siècle la saison dernière, l’Opéra national de Paris a intégré en mars dernier une nouvelle pièce du chorégraphe Boris Charmatz à son répertoire : le duo À bras-le-corps. Les deux nouveaux interprètes de ce duo mythique de la danse contemporaine, les danseurs étoiles Karl Paquette et Stéphane Bullion, ont accepté de revenir sur leurs reprises de rôle.

À bras-le-corps a aujourd’hui plus de 24 ans. Aviez-vous déjà vu ce duo avant qu’on vous propose de l’interpréter ?

Karl Paquette : Non, je connaissais Boris depuis l’Ecole de Danse mais je n’avais jamais vu cette pièce.
Stéphane Bullion : Moi non plus. Lorsqu’il a été question de le danser, j’ai d’abord fait des recherches, puis Boris et Dimitri nous on fait parvenir une vidéo d’une de leur représentation

Etiez-vous familier du travail de Boris Charmatz ?

SB : Un peu, déjà car il est venu à l’opéra pour créer 20 danseurs pour le XXème siècle et puis parce qu’il fait partie du paysage chorégraphique français depuis longtemps maintenant.
KP : Pour ma part, j’ai vu quelques une de ces pièces à ses tout débuts. C’est toujours intéressant d’assister à l’évolution d’un danseur que l’on a côtoyé à ses débuts. Mais je n’ai malheureusement pas suivi son travail mais j’étais heureux de le retrouver quand il a monté à l’Opéra son projet 20 danseurs pour le XXème siècle.

L’écriture chorégraphique d’À bras-le-corps est-elle extrêmement différente, voir antinomique, des pièces de danse que vous avez l’habitude d’interpréter ?

SB : L’écriture chorégraphique n’est pas du tout antinomique par rapport à ce que nous avons l’habitude de faire, ce n’est pas si différent d’apprendre du Kylian, du Mats Ek, du Pina Bausch ou du Noureev. Il y a avant tout des pas à apprendre, la pièce est très écrite du point de vue chorégraphique. En revanche c’est une pièce qui laisse une très grande liberté à l’interprète dans le phrasé, la ponctuation des enchaînements. La plupart des parties dansées sont dans le silence, nous pouvons donc utiliser le temps comme nous le voulons, nous pouvons ralentir, étirer un solo ou au contraire le resserrer, le danser plus rapidement. C’est plus de ce point de vue que le travail diffère de ce que nous pouvons avoir l’habitude de faire, nous avons ici le choix, selon notre envie du moment, de notre humeur, de pouvoir jouer avec le rythme que l’on veut donner à certains passages.

Comment s’est déroulée la transmission ?

SB : La transmission a commencé très simplement par l’apprentissage des pas et des enchaînements. Dimitri et Boris nous les montraient et nous les apprenions tout en ayant une façon forcément différente de les faire. C’est même une volonté de leur part que nous ne soyons surtout pas dans l’imitation mais bien dans l’appropriation.
KP : C’est en effet une grande chance d’avoir un chorégraphe vivant à côté de soi et qu’il permette une liberté d’interprétation. La partition n’étant pas figée, il a réussi à l’adapter à ma façon de bouger. C’était agréable d’avoir cette dualité dans le studio, de pouvoir regarder faire Boris, car le rôle que j’interprète est le sien à l’origine.

Le dispositif scénique d’À bras-le-corps vous enferme au centre d’une arène, à seulement quelques centimètres des spectateurs. Aviez-vous déjà dansé dans ces conditions ?

KP : J’ai déjà dansé un pas de deux du ballet Carmen de Roland Petit au Grand Palais au milieu de la foule dans le cadre d’un évènement. C’est très agréable de partager ces moments où le public est plus investi au contact des danseurs.
SB : J’ai dansé au centre d’un dispositif multi-frontal dans la IXème symphonie de Maurice Bejart à Bercy (en 1999, ndlr) mais il n’y avait pas cette proximité avec le public. Avec À bras-le-corps le public nous entend respirer, nous voit transpirer, souffler. Mais c’est vrai aussi dans l’autre sens, les spectateurs ne sont plus qu’une présence assez lointaine, nous aussi nous les voyons respirer, nous les voyons porter leur regard, réagir, rire, c’est un rapport très physique avec le public.

Vous étiez également tous les deux dans la distribution du Songe d’une nuit d’été à l’Opéra Bastille qui se jouait parallèlement au duo À bras-le-corps à Garnier, comment passe-t-on de George Balanchine à Boris Charmatz ?

KP : Très facilement. Ce sont deux styles différents mais pas incompatibles, loin de là.
SB : Ce n’est en effet pas si compliqué que ça. Déjà parce que c’est une « gymnastique » assez habituelle pour les danseurs de l’Opéra, de passer d’un style à l’autre. Puis la façon de se préparer pour chacun des spectacles n’est pas la même. Il y a dans À bras le corps la conscience très importante de son état au présent, en tant que personne. Savoir s’écouter au présent permet de ne pas juste reproduire ce que l’on a fait la veille.

À bras-le-corps, de Dimitri Chamblas et Boris Charmatz, avec Karl Paquette et Stéphane Bullion. Entrée au répertoire le 16 mars 2017. Musique Niccolò Paganini Caprices n°1, 10 et 16. Photo © Benoîte Fanton.

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Publié le 17/06/2017


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