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La Ribot « Ne pas se cantonner à être légataire d’une tradition »

Pause estivale pour certains, tournée des festivals pour d’autres, l’été est souvent l’occasion de prendre du recul, de faire le bilan de la saison passée, mais également d’organiser celle à venir. Ce temps de latence, nous avons décidé de le mettre à profit en publiant tout l’été une série de portraits d’artistes. Figure établie ou émergente du spectacle vivant, chacune de ces personnalités s’est prêtée au jeu des questions réponses. Ici la performeuse d’origine espagnole Maria Ribot dite La Ribot (1962).

Artiste inclassable, La Ribot signe depuis plus de trente ans des performances à la frontière de la danse et des arts plastiques. Cette saison, elle a notamment présenté le solo Distinguished hits (1991-2001) au Centre National de la danse à Pantin ainsi que sa nouvelle création Another Distinguée au Centre Pomidou. Son travail fait actuellement l’objet d’une grande retrospective organisée par le festival de danse berlinois Tanz im August. Intitulé Occuuppatiooon!, l’événement met à l’honneur une sélectiond’oeuvres créées entre 1993 et 2016. 

Quel est votre premier souvenir de danse ? 

Je crois que mes premiers souvenirs de danse sont des scènes présentes dans des films muets classiques et burlesques comme ceux de Buster Keaton, Charlie Chaplin ou Laurel & Hardy. Je me souviens aussi d’avoir assisté à des ballets, des « pas des deux », des choses comme ça…

Quels spectacles vous ont le plus marqué en tant que spectatrice ? 

Lors d’un concours chorégraphique qui eut lieu à Cologne en 1984, une compagnie anglaise composée d’un trio a présenté une pièce, dont je ne me souviens plus du nom, où pendant 20 minutes, dans un silence complet, les danseurs s’échinaient à cueillir des fleurs dans un champ imaginaire. Une grande partie de la représentation s’est déroulée sous les sifflets du public, sous leurs les rires et quelques faibles applaudissements. J’ai adoré la proposition poétique et le traitement sauvage du thème. Il s’agissait d’une pièce entièrement radicale en termes de notions d’écriture chorégraphique, de sa relation avec la musique et au rapport des images. Une espèce de Cage / Westwood. Ce moment était époustouflant : plein feu sur la salle, l’énergie montait… Pour moi, ce fut la seule pièce intéressante que je garde en mémoire des trois jours de ce concours assez plat et conventionnel.

Quel est votre souvenir le plus intense en tant qu’interprète ?

Je crois que mes souvenirs les plus intenses en tant qu’interprète sont ceux où j’étais malade, nauséeuse, ou lorsque par exemple j’ai dû jouer avec un doigt de pied cassé. Ces souvenirs sont liés à la souffrance, celle physique et aussi celle qu’engendre la peur de ne pas réussir à finir, le devoir d’être à 100 pour cent même si les capacités physiques sont diminuées. Cependant j’ai le sentiment d’avoir gardé en mémoire les souvenirs de chaque représentation que j’ai donnée : les lieux, les lumières, etc. J’ai seulement annulé une fois dans ma vie, à cause d’une maladie.

Quelle rencontre artistique a été la plus importante dans votre parcours ?

Avec Blanca Calvo, j’ai réalisé deux projets importants dans ma vie : très jeunes, nous avons codirigé la compagnie Bocanada Dannza de 1986 à 1989, et nous avons également fondé un festival à Madrid, Desviaciones, de 1997 à 2001. Nous y avons présenté les meilleures déviations de la danse contemporaine de la fin du XX et du début XXI siècle. Avec le chorégraphe Gilles Jobin également, avec qui j’ai collaboré pendant 20 ans, sur un plan sentimental et professionnel. Puis ma rencontre avec la chorégraphe Mathilde Monnier : avec elle, sur scène, je touche le ciel !

Quelles oeuvres composent votre panthéon personnel de l’histoire de la danse ?

May B (1981) de Maguy Marin est l’une des pièces les plus impressionnantes des années 80. Je me souviens de l’avoir vue, seule un après midi, sur une place publique à Paris, et d’être restée plantée là, comme un clou, tellement j’étais scotchée. Sinon, en vrac, je pense au Sacre du printemps (1975) de Pina Bausch, à la danse Serpentine (1892) de Loie Fuller, au livre Ma Vie d’Isadora Duncan… Toutes des chorégraphes essentielles !

Quels sont les enjeux du spectacle vivant aujourd’hui ?

Il me semble qu’aujourd’hui, les acteurs du milieu culturel, artistes, programmateurs ou politiciens se doivent de porter et de défendre une forme de contemporanéité. Il est important que les propositions artistiques soient (également) inspirées par des questionnements actuels, qu’elles résonnent dans l’époque d’aujourd’hui. Dis autrement, l’art ne doit jamais oublier d’être pertinent et de s’inscrire dans un contexte contemporain, qu’il soit politique, social esthétique ou philosophique et ne pas se cantonner à être le légataire d’une tradition.

À vos yeux, quel rôle doit avoir un artiste dans la société aujourd’hui ?

Je vois les artistes comme des « contributeurs », c’est à dire que leur rôle est d’amener des idées, des propositions qui sont susceptibles de modifier la vie de chacun. Une contribution qui doit amener à changer la manière de penser, la façon d’être, le regard ou même le parcours de vie…

Photo © La Ribot, Distinguished Hits, (1991-2000), CND, Paris 2016 « Image Mémoire Corps ».

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Publié le 05/08/2017


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