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Laurent Chétouane « Je m’intéresse à la relation Danse / Musique en général. »

Trop rare des plateaux français, le chorégraphe Laurent Chétouane présentera en novembre trois pièces en Île-de-France : Pièce d’actualité n°1, Et le théâtre pour vous, c’est quoi ? nouvelle création avec des albertivillariens du 4 au 16 novembre au Théâtre de la Commune, et deux pièces au Théâtre de la Bastille à Paris : M!M et SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S), du 17 au 21 novembre. Actuellement en répétition à Aubervilliers, il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions :

À l’instar du chorégraphe Xavier Le Roy, on vous présente systématiquement comme un ex-ingénieur chimiste. J’aimerais savoir si votre « passé de scientifique » trouve aujourd’hui écho dans vos travaux chorégraphiques ?

Je n’y pense jamais en fait. Sauf quand on me pose la question. Et alors oui, je vois des résonances entre mon ancien métier d’ingénieur et la danse. Il s’agit certainement d’un désir de recherche, de découverte, d’ouverture vis à vis des lois naturelles (les corps) et de leur mises en équation (la chorégraphie) pour mieux les envisager. J’aime observer et attendre le moment où quelque chose se passe. D’un coup, de façon inattendue, presque inespérée. Une chose émerge : j’adorais cela en chimie.

Vous vivez et travaillez en Allemagne, vous sentez-vous « plus proche » de la scène chorégraphique allemande que française ?

Je n’ai pas d’avis à ce sujet. Ou pas encore suffisamment avancé pour en parler. J’aime les chorégraphes qui re/posent la question de la « danse dansée » – donc de l’organisation des corps dans l’espace, le temps, etc. Il y a beaucoup de choses à trouver. Même si on nous fait croire que tout a été fait. Pour cette raison une certaine danse française – Jérôme Bel, Xavier Leroy, etc… me semble un peu désuète aujourd’hui. Avec tout le respect et l’admiration que j’ai pour le travail qu’ils ont accompli.

Pouvez vous nous parler du travail entrepris avec les danseurs Matthieu Burner et Mikael Markl dans le spectacle M!M ?

Pour rester simple je vous dirai que nous avons travaillé autour de la ligne comme forme, autour de laquelle la question de l’amitié peut se décliner. Démarcation, limite, frontière, fusion, osmose, etc. Cette ligne est aussi une construction chorégraphique qui permet de penser le temps de la pièce : quand se casse-t-elle ? Que pourrait être une continuité infinie, ou séquentielle du mouvement. Les deux danseurs ont chacun déjà beaucoup travaillé avec moi. Il s’agissait pour eux d’une rencontre et nous essayons de montrer les différents moments qu’une rencontre engendre et de regarder avec eux comment ils entrecroisent leurs désirs respectifs qui peuvent être concordants ou pas.

Vous présentez conjointement au théâtre de la Bastille M!M et Perspective(s) / Solo with R. Qu’on en commun ces deux pièces ?

La rencontre. Le solo avec Roberta est une rencontre. Sur scènes on ne voit qu’elle mais je danse avec elle tout le temps. On a beaucoup travaillé le duo pendant les répétitions et puis un « solo avec R » est apparu. Donc avec elle. Seule. Ensuite des questions sur la relation à l’espace, l’origine du mouvement, la continuité du flux, etc sont des points de recherche que Roberta a également amenés. Que l’on a développé ensemble.

Vos dernières créations tissent un lien fort avec la musique classique, je pense au Sacre du Printemps de Stravinsky dans Sacré Sacre du Printemps et Concerto pour violon en D Major, op 61 de Beethoven dans M!M. Quel rapport entretenez-vous avec ces musiques ?

Aucun rapport particulier. Je m’intéresse à la relation Danse / Musique en général. Que veut dire entendre la musique, danser sur la musique, être bougé par la musique. Là aussi il y à plein de choses à découvrir. Des musiques connues, des classiques du répertoire de danse permettent de comprendre le décalage que l’on crée vis à vis de la tradition chorégraphique. Et puis après il faudrait regarder en détail chaque musique : à la verticalité du Sacre du Printemps de Stravinsky j’ai opposé une continuité du mouvement, les croisements de lignes musicales chez Beethoven ont accompagné notre recherche sur les lignes spatiales, La Passion selon Saint-Jean m’a obligé à travailler avec le poids du corps et de la mort.

Quels sont les enjeux de travailler avec une ancienne danseuse de William Forsythe ?

Elle apporte une technicité, un savoir, une capacité d’ouverture à l’extérieur extraordinaires. Cela permet de positionner cette forme de Danse que j’essaye de développer par rapport à une tradition. Beaucoup de questions corporelles sont réfléchies de façon très précise. Et surtout une très grande flexibilité vis à vis de l’inconnu, du changement. Chez Forsythe les danseurs étaient habitués à tout changer chaque jour.

Marie-José Malis vous a invité au Théâtre de la Commune à Aubervilliers à participer à un programme intitulé Les pièces d’actualité. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Il est en cours. C’est délicat d’en parler. Je suis ravi de parler de théâtre avec des albertivillariens. Qu’attendent-ils de ce « vieux » média? Qu’y trouvent-ils?

Vous venez de présenter à Hamburg votre nouvelle création BACH/PASSION/JOHANNES qui sera reprise en juin 2015 aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Encore une fois, vous flirtez avec un compositeur allemand.

Oui. Mais il y à des compositeurs français que j’adore : Edgar Varèse, Claude Debussy. Cela viendra.

Photo Quentin Strauss pour Maculture

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Publié le 31/10/2014


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