Marco Da Silva Ferreira, Brother

Par . Publié le 21/03/2018

© José Caldeira

Dans le cadre d’un focus sur la création chorégraphique portugaise organisé par le festival DañsFabrik à Brest, le chorégraphe Marco Da Silva Ferreira a présenté sa dernière création Brother au Quartz. Danse tribale et urbaine pour sept danseurs, la pièce prolonge un travail autour des danses urbaines amorcé avec sa précédente création Hu(r)mano, notamment à travers des concepts d’héritage et de mémoire. Marco Da Silva Ferreira a accepté de répondre à nos questions.

Avec votre nouvelle création Brother, vous retrouvez une partie des interprètes de votre précédente pièce Hu(r)mano. Quels liens peut-on tisser entre ces deux pièces ?

Dans Brother, je prolonge un travail sur la culture urbaine déjà entrepris avec Hu(r)mano, cette fois ci à travers un prisme plus historique, notamment lié aux origines de ces danses. Dans Hu(r)mano, les références chorégraphiques sont plus évidentes et grands publics (la House, le Popping, le New Style), alors que dans Brother les références sont plus souterraines (le Kuduro, le Pantsula, le Voguing). Une grande partie de la culture dite urbaine vient des cultures africaines, je me suis alors concentré à tisser des liens entre ces différents styles de danse et leurs états d’esprits à travers une lecture contemporaine.

Comment s’est déroulé le processus de création de Brother ?

Pour Hu(r)mano, le travail avec les danseurs a duré dix semaines, avec une écriture déjà bien définie en amont, contrairement au processus de création de Brother qui s’est étalé sur plus d’un an et demie. L’écriture de la pièce s’est donc développée au fur et à mesure des résidences, principalement sous formes de « négociations » avec les références dont je me nourrissais et leurs appropriations. Ces temps de recherche avec les danseurs ont également permit d’explorer et de développer un travail autour de la notion de collectif.

Comment ces « négociations » se sont-elles mises en pratique en studio ?

Quand nous avons commencé à travailler sur Brother, j’étais fasciné par la manière dont une danse que je ne connaissais pas et que je n’avais jamais vue, pouvait me sembler familière. Notre société occidentale transforme notre perception du corps – et je suis un pur produit de cette globalisation – mais il y’a toujours dans le corps des choses qui peuvent apparaitre sous la forme de réminiscences. Pendant le processus de création, j’ai travaillé de manière totalement libre et empirique, comme un enfant, à la fois déresponsabilisé et enthousiaste. Les danses urbaines sont au départ des danses sociales, beaucoup d’entre elles sont apparues à l’occasion de cérémonies, entre communauté ou famille, et cette appropriation sauvage est comme une sorte de métaphore des transmissions intergénérationnelles des savoirs et des pratiques.

Le paysage sonore de Brother semble également puiser dans les sonorités dites « primitives ».

En effet. L’écriture de la musique s’est déroulée en plusieurs étapes : dans un premier temps, avec des instruments acoustiques primitifs comme des flutes, des bois, des tambours, etc, avant de travailler les enregistrements de manière à créer un paysage sonore qui semble être électronique / technologique. De cette manière, par le biais de la musique, nous avons pu créer des ponts hybrides entre le passé et aujourd’hui. J’ai également souhaité insérer des plages de silence pendant la performance, afin de laisser la place à des sons plus concrets, comme le souffle, la voix, le déplacement des danseurs… ce qui, à mes yeux, permet d’offrir une autre lecture de ces danses chargées intrinsèquement  de musicalité.

La pièce est très marquée visuellement par les costumes et les visages jaunes des danseurs.

Je souhaitais encore une fois superposer et faire dialoguer différentes époques et plusieurs cultures. Les costumes sont des vêtements de sport urbains / contemporains alors que les visages jaunes sont une manière d’évoquer une situation à caractère cérémonielle. J’aime cette opposition qui créé une figure ambivalente et instable. Pendant la pièce, nous modifions et/ou changeons nos vêtements pour des costumes qui peuvent paraitre farfelus. Ces différentes silhouettes sont apparues pendant des improvisations en studio, lorsque nous travaillions à partir de vidéos que j’avais collectées en amont. On essayait de s’habiller comme les danseurs dans les vidéos, avec ce qu’on trouvait dans le studio. Puis avec le temps, ces exercices sont devenus une routine, nous inventions de nouveaux costumes à chaque répétition.

Chorégraphie et direction artistique Marco da Silva Ferreira. Avec Anaísa Lopes, Cristina Planas Leitão, Duarte Valadares, Marco da Silva Ferreira, Vítor Fontes, Filipe Caldeira, Max Makowski. Lumières Wilma Moutinho. Musique Rui Lima et Sérgio Martins. Photo © José Caldeira.


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