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Itw - Mélanie Perrier © Erik Houllier

Mélanie Perrier « L’artiste est un agitateur puissant de relations entre les individus »

Pause estivale pour certains, tournée des festivals pour d’autres, l’été est souvent l’occasion de prendre du recul, de faire le bilan de la saison passée, mais également d’organiser celle à venir. Ce temps de latence, nous avons décidé de le mettre à profit en publiant tout l’été une série de portraits d’artistes. Figure établie ou émergente du spectacle vivant, chacune de ces personnalités s’est prêtée au jeu des questions réponses. Ici la chorégraphe Mélanie Perrier (1976).

Depuis la création de sa compagnie 2minimum en 2010, Mélanie Perrier a créé plusieurs pièces dont Imminence en 2013 (mention spéciale du Jury au concours Danse Élargie), Nos charmes n’auront pas suffi en 2014 (solo pour la danseuse Julie Guibert) ou encore Lâche en 2015. Elle est aujourd’hui artiste associée au CCN de Caen en Normandie et artiste compagnon-ne au Manège, Scène nationale de Reims. Sa dernière création, Care, autour de la figure du porté en danse et des théories du care, est programmée du 8 au 14 juillet au Théâtre la Parenthèse dans le cadre du programme de La belle scène Saint-Denis au Festival d’Avignon.

Quel est votre premier souvenir de danse ?

Un spectacle d’Emmanuelle Huynh, Tout contre, il y a maintenant vingt ans. J’ai le souvenir d’avoir été proche de la scène et que mon œil était en alerte face à ce duo dans la pénombre. J’en suis ressorti sans voix avec la peau en éveil. Cette pièce a été à plus d’un titre fondatrice pour moi.

Quels sont les spectacles qui vous ont le plus marqué en tant que spectatrice ? 

Tout contre (1998) d’Emmanuelle Huynh pour cette figure du duo, Lanx (2008) de Cindy Van Acker pour l’infime rigueur du geste, It’s in the Air (2008) de Mette Ingvartsen, pour le changement de perspective et l’absolu du concept, Les oiseaux de Nacera Belaza (2014) pour l’expérience visuelle, Kiss (2004) de Tino Seghal pour cette capacité à défaire les images par la danse, Partita 2 (2013) d’Anne Teresa De Keersmaeker (et Boris Charmatz) pour le solo de violon et cette danse aux alentours, Over the shoulder (2009) d’Antonia Baehr pour ce face à face de postures.

Quel est votre souvenir le plus intense en tant qu’interprète ?

Un duo avec une danseuse autiste et l’inframince propre à cette écoute toute particulière.

Quelle rencontre artistique a été la plus importante dans votre parcours ?

Les chorégraphes Anna Halprin, Deborah Hay et Lisa Nelson, m’ont permise d’aller chercher le mouvement ailleurs, dans une autre justesse à l’autre et à l’espace.

Quelles œuvres retrouve-t-on dans votre panthéon personnel ?

Café Müller (1978) de Pina Bausch, Trois Boléros (1998) d’Odile Duboc, Eden (1986) et May B (1981) de Maguy Marin, Parades & changes, replays (1965) d’Anna Halprin et Rosas danst rosas (1983) d’Anne Teresa de Keersmaeker. 

Quels sont les enjeux de la danse aujourd’hui ?

L’enjeu de la danse serait aujourd’hui de nourrir nos rapports multiples aux corps à l’heure de nos sociétés écraniques, distanciées, stigmatisantes. Elle permet de retrouver la puissance du sensible, de sentir l’extrême faculté à venir, nous mettre tous en relation. Pour moi, la danse a aujourd’hui également un rôle en dehors des moments de spectacles, en créant de formidables situations de mise en relation entre les gens. L’enjeu de la danse aujourd’hui est celui d’être un outil de relation ! La danse, pour moi, n’est plus une forme à transmettre, ni à donner ni à voir, mais davantage un médium qui vient mettre en mouvement nos relations mêmes aux autres. C’est avec nos relations qu’on danse et c’est avec notre corps que l’on voit !

À vos yeux, quel rôle doit avoir un artiste dans la société aujourd’hui ?

Pour moi, l’artiste se doit aujourd’hui de ne pas alimenter la fabrique de divertissement ambiant mais de proposer par ses actions des alternatives de représentations et d’éprouver du monde. L’artiste a un rôle éthique et politique à tenir dans la société qu’il habite, il est un agitateur puissant de relations entre les individus ! Selon moi, il ne s’agit plus pour l’artiste de dénoncer un état du monde avec des pièces de danse, mais de donner à sentir de nouvelles alternatives de forme de vies, grâce à la danse. C’est en tout cas ce que je défend, avec un modèle de spectacle chorégraphique pensé comme une expérience sensible impactant le corps du spectateur. Chacune de mes pièces s’impose comme un manifeste éthique de danse ! 

Photo © Erik Houllier

15 septembre 2017, Lâche, au Carreau du temple à Paris dans le cadre du Festival Jerk Off
17 septembre 2017, A la chaleur de ton souffle, au CCN de Caen en Normandie dans le cadre des Journées du Patrimoine

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Publié le 07/07/2017


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