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Pierre Rigal, au plus prés des étoiles

Le parcours chorégraphique de Pierre Rigal, (ancien athlète de haut niveau) est jalonné par des rencontres. Que se soit avec l’artiste et metteur en scène Aurélien Bory, avec qui il a créé Erection et Arrêts de Jeu, un groupe de rock, dans MICRO, des danseurs coréens dans Théâtre des opérations, ou des danseurs hip-hop dans Standards, Pierre Rigal est toujours là où on ne l’attend pas. Ses créations sont toujours à l’image de ses rencontres éclectiques : fortes et surprenantes. Il est aujourd’hui invité à l’Opéra de Paris à créer une pièce pour seize interprètes. Sa pièce intitulée Salut sera présentée du 3 au 20 février au Palais Garnier dans un programme qui réunit également les chorégraphes Édouard Lock, Benjamin Millepied et Nicolas Paul. Actuellement en répétition avec les danseurs de l’Opéra de Paris, il a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez vous nous parler de votre pièce pour l’Opéra de Paris : Salut ?

Salut fait référence au geste que les danseurs effectuent à la suite d’un ballet. Mais dans l’analyse de ce mouvement et dans sa déstructuration j’espère aussi évoquer les définitions plus larges du mot salut. L’idée du danger évité, du chaos surmonté, de la prospérité, de la vie éternelle, de la cohésion retrouvée. Les évènements de ces derniers jours vont certainement de manière indirecte imprégner la pièce.

Brigitte Lefèvre vous a définit comme « un sportif curieux, virtuose du cirque et du hip-hop ». Vous n’avez pas de formation dite « classique ». Vous inviter à chorégraphier une pièce à l’Opéra de Paris n’est donc pas anodin…

Non ce n’est pas anodin. Brigitte Lefèvre a eu la curiosité et l’audace d’inviter des artistes qui ne viennent pas du tout du sérail dont je fais partie et je l’en remercie. Elle a fait confiance à ce qu’elle a vu de mon travail, en effet non classique. Mais elle a cru voir dans mes pièces une capacité à investir le vocabulaire, le corps, la virtuosité des danseurs classiques pour les emmener vers mon expression corporelle et ma mise en espace. J’ai de la chance aujourd’hui d’être soutenu pas Benjamin Millepied qui connaissait également mon travail.

La distribution est constituée de 16 danseurs, c’est la première fois que vous travaillez avec autant d’interprètes.

Oui c’est la première fois. D’ailleurs travailler avec autant de danseurs crée des combinaisons d’espaces multiples qu’il est difficile d’appréhender dans un seul studio de danse. Je suis impatient de vérifier mes hypothèses lorsque je serai dans la salle de spectacle, là où j’aurai plus de recul au sens propre comme au sens régulier.

Comment s’est effectué le choix des danseurs ?

Une partie a été choisie lors d’une audition, l’autre m’a été conseillé. J’ai privilégié une certaine polyvalence et un attrait pour la curiosité de la part du danseur. Le choix n’était pas facile.

Quels sont les enjeux de travailler avec les danseurs de l’Opéra de Paris ?

Les enjeux sont très grands. C’est un honneur de venir travailler pour cette compagnie. Il faut donc que je réussisse à bien travailler avec ces danseurs. Mais malgré l’enjeu, il faut essayer de rester sincère avec son propre travail, il faut savourer le plaisir de pouvoir expérimenter de nouvelles choses, de nouvelles sensations.

Dans le ballet, le protocole du salut est très particulier puisqu’il est encore ancré dans la fiction, c’est presque un prolongement de la pièce, le spectacle est terminé mais les danseurs continuent « d’incarner ».

Le « salut », effectué pendant ou à l’issue d’un ballet, se présente pour la danseuse ou le danseur comme une séquence codifiée qui permet de sortir partiellement ou progressivement de la fiction du spectacle. Ce cérémonial dont la chorégraphie s’avère quasi-immuable se positionne comme une transition entre un dedans et un dehors, entre un imaginaire et une réalité, entre un effort et un réconfort. Les émotions, les hommages, les marques de respects, les remerciements trouvent alors l’espace pour circuler mutuellement entre le public et les danseurs.

Le rituel du salut est très particulier selon les catégories de danse.

Oui chaque pratique a son code. Dans le kabuki, le salut est carrément devenu une part entière du spectacle et a même pris son autonomie artistique dans une forme appelé Kojo. Pour ma part, je m’amuse à mettre en scène un salut qui me parait être un stéréotype, même si on y regarde de près ce stéréotype n’est qu’une pure vue de l’esprit, une abstraction.

Dans vos pièces, la lumière est toujours très importante, tenant presque un rôle de décor. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Urs Schönebaum ?

Je ne connaissais pas Urs avant ce projet. C’est l’Opéra qui m’a suggéré de travailler avec lui. Au début de notre collaboration j’ai expliqué ma vision de la lumière qui en effet fait office de décor et de partenaire de jeu pour les danseurs. Je lui ai présenté mon idée scénographie et donc mon idée de lumière. Cela lui a plu et maintenant il essaye de jouer avec ces contraintes pour composer ses éclairages.

Du coté de la musique, vous retrouvez Joan Cambon, avec qui vous avez créé votre premier spectacle.

Pour la musique, je suis rassuré de travailler avec quelqu’un que je connais bien, avec qui je suis déjà complice. Et puis bien sûr Joan est très talentueux. Il crée comme je le souhaite des sons et des musiques qui vont entrer en inter-activité avec tous les éléments qui animent le plateau. Cela sera une musique mystérieuse et tendue…

Un ballet de Pierre Rigal pour Le Ballet de l’Opéra de Paris. Musique originale Joan Cambon, Costumes Roy Genty – Adélaïde Le Gras, Chorégraphie Pierre Rigal, collaboratrice artistique Mélanie Chartreux, Lumières Urs Schönebaum.

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Publié le 28/01/2015


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