| Qui nous sommes | Nous contacter ›


R&F-GHP28

Robbert&Frank Frank&Robbert « L’humour fédère notre duo »

Avec leur nouvelle création Don’t we deserve grand human projects that give us meaning ? le duo de plasticiens belges Robbert&Frank Frank&Robbert continue de réinventer l’objet théâtral en combinant l’art visuel et la performance. Le duo a accepté de répondre à nos questions et de nous dévoiler les enjeux de cette nouvelle création qui sera prochainement programmée à La Criée – Théâtre national de Marseille le 11 octobre 2017 dans le cadre de la 17ème édition du festival Actoral.

Comment vous êtes-vous rencontré et comment est né le désir de travailler ensemble ?

Nous nous sommes rencontrés vers l’âge de 16 ans au lycée. Nous sommes devenus de bons amis et nous avons partagé un atelier à l’école. Par la suite, nous avons décidé de suivre le même cours chez KASK à Gand (L’Académie Royale des Beaux-Arts, nldr) et nous avons commencé à prendre des décisions artistiques ensemble, et co-signer nos travaux en tant que duo.

Quelle est l’histoire de votre pseudonyme Robbert&Frank Frank&Robbert ?

Notre collaboration s’est développé de manière naturelle et nous essayons de faire tout notre possible pour créer des oeuvres qui restent très proches de ce que nous sommes. Robbert&Frank Frank&Robbert est littéralement ce que nous essayons d’être. Cela symbolise notre égalité et c’est en quelque sorte une règle simple et ludique qui permet d’éviter tout problème d’égo. Nous considérons notre collaboration comme un serpent qui se mord la queue : Robbert est Frank est Robbert est Frank … Ensemble, nous sommes une entité beaucoup plus forte. Dans le monde artistique contemporain, le nom de l’artiste a tant d’importance que nous le considérons déjà comme une expérience, au même titre que les stratégies de marketing de multinationales comme Coca Cola ou Apple.

Comment travaillez-vous ensemble? Comment abordez-vous chaque nouvelle création?

Le noyau de Robbert&Frank Frank&Robbert, c’est l’amitié, l’humour et le jeu. Nous travaillons à la manière d’un match de ping pong. Nous faisons rebondir des idées et nous nous défions de manière continue pour interroger nos propres croyances, connaissances et techniques. Nous voyons la création comme un moyen de mieux connaître le monde et de mieux comprendre. Le dialogue avec le public est la clé de chaque oeuvre, c’est pourquoi nous ne nous limitons pas à une seule technique ou une seule forme d’art. Chaque oeuvre exige une nouvelle approche et un nouveau processus d’apprentissage. Ce mode de travail intuitif et parfois naïf crée des idées inattendues et des résultats toujours surprenants.

Vos créations prennent la forme d’oeuvres d’arts visuelles, de spectacles, de vidéos, de performances, etc. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces mediums différents ?

Nous croyons fortement à cette citation de Marshall McLuhan : « Le medium est le message ». La manière avec laquelle vous dites quelque chose est aussi important que ce que vous dites. Au départ, nous réalisions de courtes vidéos dans lesquelles nous jouions. Puis, nous avons fait des installations. Nous avons ensuite commencé à filmer nos propres expositions, et nous avons utilisé nos installations comme décor pour nos vidéos. De cette façon, nous avons trébuché d’un milieu à l’autre. La transformation qui se déroule lorsque vous changez un travail, d’un support spécifique vers un autre, est encore important pour nous. Ce qui commence comme une sculpture dans une exposition peut se transformer en un décor pour une représentation théâtrale, et plus tard devenir une partie d’un multiple ou d’une vidéo, etc. Nous acceptons l’idée qu’un travail n’est jamais fini, il connaît tout simplement différentes étapes temporaires dans différents médias.

Quelles analogies retrouvez-vous dans vos méthodes de travail d’un medium à l’autre ?

L’aspect le plus important de chaque performance est le développement spécifique d’un nouveau langage visuel, la réinvention d’un vocabulaire d’images et de sons. Le texte, peu présent au départ, est toujours utilisé comme un moyen visuel, jamais comme une histoire ou un point de départ. Chaque spectacle commence dans notre atelier, jamais sur une scène. Le début du processus de création d’un spectacle est au final assez similaire à celui d’une œuvre d’art visuelle. L’espace secret et isolé du théâtre est un petit cosmos noir où nous pouvons construire notre propre univers. Chaque performance commence par le vide et nous rendons le public complice de la création et de la découverte de ce nouveau monde. La transformation est un thème essentiel dans ce domaine, tout comme l’humour et le jeu.

En effet votre travail est imprégné d’humour. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette forme d’adresse ?

L’humour est un des aspects importants qui fédèrent Frank & Robbert. L’humour est un jeu et le jeu est au cœur de notre travail. En tant qu’êtres humains, nous apprenons en imitant, en jouant. L’humour provient généralement de ce qui ne va pas, c’est en quelque sorte la fausse note, l’alternative. L’humour brise la tension, les gens sont plus ouverts et plus réceptifs quand ils sont de bonne humeur. Nous aimons inviter les gens à rentrer dans notre travail par cette sensation avant de découvrir des couches plus profondes.

R&F-GHP26

Quelles ont été vos premiers axes de recherche en débutant les répétitions de votre nouvelle création Don’t we deserve grand human projects that give us meaning ?

Comme pour chaque nouveau projet, nous commençons par mettre en chantier deux axes de recherches : le fond et la forme, les questions philosophiques et les idées concrètes. Celles-ci peuvent exister séparément et peuvent même se confronter. C’est le frottement entre le contenu et la forme qui pousse la création vers l’avant. Avec Don’t we deserve grand human projects that give us meaning ? nous avons commencé par travailler avec des idées confuses de la physique contemporaine, de la théorie des cordes à la mécanique quantique en passant par de nouveaux concepts autour du temps et de l’espace, de la téléportation, etc. Ce qui au départ était très « science-fiction » est devenu alors de plus en plus « réel ».

Quels ont été les matériaux avec lesquels vous avez commencé à travailler ?

Nous avons été fortement inspiré par le livre de Dave Eggers Your Fathers, Where Are They? And the Prophets, Do They Live Forever? C’est l’histoire un jeune homme dérangé qui kidnappe un astronaute afin de lui poser les questions importantes de la vie : Pourquoi vivons-nous ? Pour quoi vivons-nous ? L’une des luttes personnelles du personnage est le fait que le monde a déjà été construit. Tout existe déjà, et il ne semble plus y avoir de projets majeurs pour lesquels une nouvelle génération peut ou veut s’engager. Dans la forme, nous avons littéralement commencé à partir d’une toile blanche : la scène est une plate-forme carrée blanche qui semble flotter au-dessus du sol d’où des objets apparaissent et disparaissent par de petites portes.

Comment cette pièce s’inscrit-elle dans votre recherche artistique ?

Avec cette pièce, nous pensons avoir réussi à impulser une nouvelle recherche vers un langage visuel autonome propre à notre duo. Un processus de recherche artistique est en quelque sorte une activité utopique où l’on cherche quelque chose qui est presque impossible à trouver, cependant je pense qu’ici, avec cette pièce, nous avons atteint une forme d’accomplissement. Les gens nous disent qu’ils n’ont jamais vu quelque chose de similaire et lorsque nous parvenons à exciter l’imagination des spectateurs avec quelque chose jamais vu auparavant, nous avons réussi notre objectif. Chaque spectateur a ses propres références, ce qu’il sait, ce qui l’intrigue, ce qui l’inspire. En tant qu’artistes, nous cherchons à déclencher cette source unique : l’imagination de chaque spectateur.

This interview is also available in english

De et avec Robbert&Frank Frank&Robbert. Dramaturgie Pol Heyvaert. Avec les voix de Jonathan Beaton et Anna Stoppa. Coaching Pol Heyvaert. Musique Boris Zeebroek. Chorégraphie Charlotte Vanden Eynde. Remerciements Arne Wastyn. Photo © Tom Callemin. 

Par

Publié le 19/09/2017


Partagez cette page


http://maculture.fr/entretien/robbert-frank-dont-we-deserve/