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Xavier Le Roy « Il y a très souvent une part de recyclage d’un travail à un autre. »

Figure majeure de la danse conceptuelle, le chorégraphe français Xavier Le Roy, invité au Festival d’Automne à Paris, a présenté du 8 au 13 décembre sa nouvelle création Sans Titre (2014) au Théâtre de la Cité internationale où il est actuellement en résidence. Il a accepté de revenir sur la genèse de sa pièce et répond à quelques-unes de nos questions :

Pouvez vous nous parler de la genèse de votre nouvelle création Sans Titre (2014) ?

Cela fait quelques années que je veux développer certaines idées et opérations sous la forme spécifique au travail solitaire que je pratique comme alternance aux travaux de groupe. Mais je n’ai pas pu m’y consacrer comme je le voulais après le projet 6 mois 1 Lieu développé au CCN de Montpellier, car les processus de travail de low pieces (2009-2011) et ensuite « Rétrospective » qui, après avoir été développé à la Fundació Antoni Tàpies à Barcelone, a rencontré une demande inattendue, ont absorbé la plus grande partie de mon attention. La genèse de cette pièce est donc discontinue et s’est transformée, mais, en gros, je voulais reprendre quelques éléments et opérations que j’avais faits pour une pièce intitulée Sans Titre 2005.

Qu’est-ce qui vous a motivé dans le fait de reprendre des anciens fragments de Sans Titre 2005 ?

Mon désir était en fait une nécessité de reprendre des choses qui étaient passées inaperçues et dont je voyais un potentiel inexploré. J’ai surtout voulu développer et élargir les aspects qui travaillaient à la transformation de la situation théâtrale. J’avais constaté que lorsqu’on enlève un des facteurs constituants et fondamentaux de l’échange entre le public et les performers (par exemple dans Sans Titre (2005), la lumière et la « vie » des figures dansantes en utilisant des mannequins comme danseurs ; dans Mouvements für Lachenmann, les instruments des musiciens et parfois le son), cela permettait de transformer la situation et les relations entre le public et les acteurs, entre les spectateurs, entre les acteurs et chacun devait renégocier avec ses idées préconçues et habitudes pour constituer la communauté sociale que produit chaque représentation théâtrale.

Comment s’est construit la pièce ?

Je voulais faire trois parties dans lesquelles à chaque fois un élément serait manquant, la mémoire, la « vie », la possibilité de voir, et la possibilité d’entendre. Je pensais, en commençant ce projet, que chaque partie ferait référence à un des formats hors forme de présentation qui utilisent le théâtre : une conférence, un spectacle, un concert. Lors du processus, plus exactement quand j’ai décidé que la première partie serait une conférence qui ferait référence à Sans Titre (2005), ceci a créé un lien plus fort que voulu entre ces deux parties. Les sujets tels que la perte, le contrôle, les liens et relations sont devenus plus centraux, et la question du format est devenue périphérique. Le désir de faire une troisième partie en forme de concert devenait obsolète. Suite à cette constatation j’ai travaillé à la troisième partie avec le désir de chercher une danse qui pourrait être une suite mais sans savoir vers où cela allait, ce que cela devait ou pourrait être. Il fallait aller ailleurs et ne pas avoir une structure dans laquelle la deuxième partie répondrait à la première et viendrait fermer le propos (dans le cas où je n’aurais fait la pièce qu’avec les deux premières parties). Aussi, cette troisième partie est peut-être le début d’autre chose. Il y a des liens avec les deux premières parties (l’animée/l’inanimée, le manipulé/le manipulateur, la tentative de faire coexister des éléments incompatibles, et parfois paradoxaux), mais cela n’a pas été conçu rationnellement et c’est étrange.

Quels sont les enjeux aujourd’hui de reprendre des fragments d’anciennes pièces pour en créer une nouvelle ?

Je pense qu’il y a la plupart du temps des choses qui sont reprises d’un travail à un autre. Certaine fois c’est plus explicite que d’autres. Il y a très souvent une part de recyclage ou ré-utilisation d’opération d’un travail à un autre.

Peut-on lire Sans Titre (2014) comme une continuation de votre projet « retrospective » ?

Il y a toujours quelque chose qui continue.

Depuis votre premier solo Self Unfinished (1998), votre définition de chorégraphe a-t-elle évolué ?

La définition n’est pas importante. Mais depuis cette pièce, il y a eu beaucoup de transformations et une succession de possibles qui n’étaient pas visibles à ce moment. Les façons de faire se sont développées dans diverses directions et j’ai eu la chance de pouvoir explorer plusieurs modes de travail et de faire des projets très diversifiés.

Photo © Emma Picq

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Publié le 24/12/2014


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