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Philippe Gladieux

Yves-Noël Genod « Le noir, c’est, par définition, le théâtre »

Créé à La Condition des Soies dans le cadre du dernier Festival d’Avignon, Rester vivant d’Yves-Noël Genod est aujourd’hui présenté jusqu’au 31 décembre au Théâtre du Rond-Point à Paris. L’ange blond à la voix grave s’empare des Fleurs du mal de Baudelaire et plonge les spectateurs dans le noir complet pendant plus deux heures. Performance quasi introspective, Rester vivant nous transporte dans les tréfonds de notre inconscient et flirte avec les fantômes du poète romantique. Yves-Noël Genod a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions :

Le spectacle est différent de sa version présentée à la Condition des soies, au Festival d’Avignon, l’été dernier. Il est plus long, votre voix est enregistrée et des enceintes encerclent les spectateurs. Comment ces nouveaux choix se sont-ils opérés ?

Eh bien, je progresse dans la connaissance de l’œuvre de Charles Baudelaire (et je n’ai pas fini : c’est infini !), alors, voilà, c’est 2 fois plus long. La voix enregistrée, c’est parce qu’il y a un mois, je suis tombé gravement malade et j’ai pensé – dans l’état d’épuisement et de douleur dans lequel je me suis trouvé – que je n’allais pas pouvoir être présent physiquement dans le spectacle, et, plutôt que de l’annuler, j’ai imaginé quelque chose qui pourrait se jouer quand même, si même moi, j’avais disparu… (mais ça va un peu mieux, vous avez vu…)

J’imagine que le spectacle a totalement été repensé, restructuré… Comment avez-vous travaillé avec le concepteur son Benoit Pelé et le concepteur lumière Gildas Gouget ?

J’ai travaillé couché dans le studio d’enregistrement à Bruxelles, puis couché dans mon lit, la nuit, à m’enregistrer à l’iPhone (dans des états de crevure dont le spectacle porte trace) et j’envoyais les enregistrements à Benoît. Gildas qui a été très actif. La présence, l’utilité d’un assistant ne s’est jamais fait autant ressentir. C’est Philippe Gladieux qui a fait la lumière.

Dans le spectacle, vous évoquez un entretien avec le metteur en scène Romeo Castellucci au sujet de sa pièce Le Sacre du printemps, où il lui était posé « Le théâtre peut-il exister sans présence humaine ? », le Festival d’Automne a également présenté El Triunfo de La Libertad, de La Ribot, une pièce sans acteurs, que pensez-vous de ces nouvelles formes de théâtre ?

J’aime infiniment La Ribot, mais je n’ai pas vu sa pièce. C’est dans l’air du temps, probablement. Mais, enfin, ce n’est pas nouveau-nouveau non plus… Moi, j’ai déjà présenté un spectacle sublimissime sans acteurs (avec déjà Benoît Pelé), c’était le deuxième volet de – je peux / – oui au TCI, il y a, je ne sais plus, vérifiez la date, en décembre, il y a 2, 3 ans… (NDLR :Je peux: les 3 et 4 décembre 2011 – Oui: les 10 et 11 décembre 2011)

Parler de mort dans le noir pendant plus de 2 heures, c’est une façon de mettre le spectateur face à ses propres peurs ?

Peut-être. Je ne sais pas. Charles Baudelaire a à voir avec la lucidité, ça, c’est sûr… C’est lui qui en parle tout le temps : « Car je cherche le vide, et le noir, et le nu ! » (etc.) De quoi avons-nous peur ? de notre propre obscurité ou de la lumière ? Nelson Mandela est supposé avoir dit que c’est de la lumière.

Dans 1er Avril, vous utilisiez déjà le noir profond du théâtre des Bouffes du Nord pour « habiller » les voix du contre-ténor Bertrand Dazin et de la soprano Jeanne Monteilhet…

Le noir, c’est, par définition, le théâtre (« boîte noire »).

On peut souvent vous apercevoir dans le hall des théâtres ;, vous offrez également souvent des coupes de champagne au public avant de rentrer en salle… Quelle(s) relation(s) entretenez-vous avec votre public ?

Oh, je suis tellement ravi que les gens viennent ! (et tellement étonné…) J’aimerais entretenir une relation personnelle avec chacun des spectateurs. C’est un acte d’amitié.

Au départ, Rester vivant devait se composer des poèmes de Michel Houellebecq. Charles Baudelaire, Michel Houellebecq : même combat ?

J’ai l’impression, oui. En tout cas, Michel Houellebecq le dit : Baudelaire est son double, son maître, son frère, son référent…

Avec quel(s) livre(s) vous endormez-vous le soir ?

La Folie Baudelaire, de Roberto Calasso, excellemment traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro (Gallimard).

Photo © Philippe Gladieux

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Publié le 23/12/2014


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