| Qui nous sommes | Nous contacter ›


CIBOULETTE

Ciboulette, Reynaldo Hahn / Michel Fau & Laurence Equilbey

Une approche trop historiciste de ce genre musical qu’est l’opérette risque toujours d’en marquer tout l’écart avec notre époque et d’en souligner la désuétude, voire la mort. Michel Fau dépoussière au contraire le genre et n’hésite pas à en proposer une approche qui lui redonne de l’énergie, de l’esprit et donc tout simplement du sens. Il n’en fallait pas moins pour réussir à faire sourire (et même rire !) à l’évocation des topoï éculés de la production littéraire et scénique de la Belle Époque : les figures de la maîtresse et du cocu, l’opposition de la banlieue (Aubervilliers n’était alors qu’une campagne) et de la ville (lieu de toutes les corruptions), la dénonciation de la vanité de la bourgeoisie qui trouve son pendant dans le mercantilisme crapuleux des marchands des Halles.

Pour cela Michel Fau regarde, entre autres, du côté du rival émergent de l’opérette française des années 20 : le musical américain. Plusieurs scènes de groupe en sont clairement inspirées : chaque fin d’acte par des éléments de décor tombant des cintres et le jeu des rampes, la chorus line des fiancés congédiés et la leçon de chant que Ciboulette donne à Zénobie.

Opérant une transposition classique de l’action à l’époque de sa création, le metteur en scène trouve son inspiration à la fois dans les photographies anciennes de Paris comme celle d’Atget, (acte 2) et dans le cinématographe (toute la scène d’introduction de l’acte 1 en noir et blanc pour ainsi dire).

Comme une figure inversée du personnage qu’il créait dans son Récital emphatique, Michel Fau incarne la Comtesse de Castiglione, croisement improbable entre la Castafiore et une banquette circulaire. Jérôme Deschamps incarne quant à lui son propre rôle puisqu’il endosse celui du Directeur d’opéra. Ces deux personnages sont l’occasion de moments de pur burlesque (début de l’acte 3), montrant que c’est en homme de théâtre que Michel Fau aborde l’œuvre. C’est ainsi qu’il fait précéder l’introduction musicale d’une courte intervention de Jérôme Deschamps, qu’il allège ponctuellement l’action de certains personnages et qu’il redistribue quelques dialogues.

Et la musique dans tout cela ? La partition de Reynaldo Hahn réserve quelques belles pages, tout particulièrement le prélude de l’acte 2. La légèreté du livret (dans tous les sens du terme…) est sauvée par une musique qui varie constamment (grands chœurs, ensembles masculins, duos, airs, etc.), suivant en cela une action qui ne cesse de rebondir.

Cette partition, somme toute gracieuse, sans être cependant indigente, est servie par deux excellents ensembles : l’Orchestre de chambre de Paris sous la baguette de Laurence Equilbey et le chœur accentus. La distribution de cette reprise est absolument parfaite non seulement sur le plan vocal mais également du point de vue théâtral. La difficulté de l’opérette (comme souvent de l’opéra comique) réside pour les chanteurs dans le fait qu’il ne faut pas seulement savoir chanter mais aussi jouer, incarner pleinement un personnage.

Tout est ici réuni (y compris la participation du public pour le refrain du muguet et la valse de Ciboulette) pour faire de ce spectacle un grand moment de divertissement que certains diraient populaire car il est simplement léger.

Jusqu’au 7 mai 2015 à l’Opéra Comique. Direction musicale et collaboration artistique, Laurence Equilbey. Mise en scène, Michel Fau. Avec Mélody Louledjian, Tassis Christoyannis, Julien Behr, Olivia Doray, Ronan Debois, Caroline Chassany, Jean-Claude Sarragosse, Guillemette Laurens, Patrick Kabongo Mubenga, Jean-Yves Ravoux, Safir Behloul, Thibault de Damas, Andréa Ferréol, Michel Fau, Jérôme Deschamps. Accentus & Orchestre de chambre de Paris. Photo DR Vincent PONTET / Mélody Louledjian (Ciboulette).

Par

Publié le 29/04/2015


Partagez cette page


http://maculture.fr/opera/ciboulette-hahn-fau-equilbey/