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LA CLEMENCE DE TITUS -

La Clémence de Titus, Denis Podalydès

« Adieux, Seigneur, régnez, je ne vous verrai plus. » Déclamés en français, ce sont bien les adieux de la Bérénice de Racine, qui résonnent sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, avant même l’ouverture de La clémence de Titus. Denis Podalydès, qui signe ici la mise en scène de cette nouvelle production, se montre d’emblée un digne sociétaire de la Comédie Française et aborde en homme de théâtre le dernier opera seria de Mozart.

Il fait ainsi le choix de substituer à une distribution originale très resserrée (6 personnages, le chœur n’en constituant pas véritablement un ici), un plateau plutôt peuplé. Il multiplie les personnages muets (dix en tout) : entourage administratif et protocolaire de Titus, mère et assistants de Vitellia et Bérénice donc, qui réapparaîtra comme un fantôme, puis lors du final. Ce parti prix scénique et dramaturgique modifie le sens des relations entre les personnages car dans le livret, l’action ne se déroule jamais vraiment en public, à l’exception des deux scènes d’intervention du chœur, vite congédié. Ici, les protagonistes sont le plus souvent sous le regard d’autres personnes : les membres de l’entourage de Titus, le personnel et les clients de l’hôtel où la transposition de l’action a lieu. Cette dernière est esthétiquement intéressante car elle offre un espace neutre de rencontres entre les personnages, où les lumières de Stéphanie Daniel, délimitent délicatement une sphère privée, soulignent une émotion. Ce lobby d’un grand hôtel des années 30 offre à la fois la possibilité de scènes collectives et d’échanges intimes. Cependant elle ramène la grandeur de la Rome impériale à une sorte de prosaïsme qui amoindrit la tragédie vécue par Titus. La situation et le sens donné à ce dernier ne sont pas particulièrement clairs. S’il est bien un empereur en déroute, réfugié dans quelque hôtel d’un pays ami, dès lors le poids du pouvoir ne devrait-il pas moins lui peser ?

Le livret et le choix d’une mise en scène assez vive (entrées, sorties, mouvements de personnel ou de foule) exigeaient des chanteurs qui le soient tout autant. On regrettera donc la gestuelle maladroite et engoncée de Julie Boulianne, et, dans une moindre mesure celle de Kate Lindsey. Les performances vocales sont justes mais un peu désincarnées, y compris chez les principaux protagonistes, Titus et Sextus. Le célèbre rondo de ce dernier (acte 2, scène 10) est musicalement irréprochable, mais n’est pas habité. Comme si le drame en jeu ne le touchait pas vraiment : on ne sent pas dans la voix, ni ce que le texte dit, ni ce que la musique exprime. Seule Karina Gauvin a suffisamment de gouaille, de présence scénique et de feu pour véritablement incarner une superbe Vitellia.

Dans Mozart, on ne pouvait attendre de Jérémie Rhorer et du Cercle de l’Harmonie rien de moins que ce qui a été donné : un moment d’exception. L’orchestre est somptueux, vif sans être violent, tendre sans être mièvre, toujours alerte, ductile à chaque émotion. La direction est aussi intelligente que sensible, faisant bien entendre sous l’habit romain, tout le Sturm und Drang du dernier Mozart.

Vu Théâtre des Champs-Élysées. Livret de Caterino Mazzolà, d’après Pietro Metastasio et Cinna de Corneille direction Jérémie Rhorer, mise en scène Denis Podalydès (Sociétaire de la Comédie-Française), chorégraphie Cécile Bon, décors Eric Ruf, costumes Christian Lacroix, lumières Stéphanie Daniel. Avec Kurt Streit, Karina Gavin, Julie Fuchs, Kate Lindsey, Julie Boulianne, Robert Gleadow. Le Cercle de l’Harmonie Chœur Aedes direction Mathieu Romano. Photo de Vincent Pontet.

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Publié le 12/12/2014


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