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MACBETH -

Macbeth de Giuseppe Verdi, Daniele Gatti & Mario Martone

Le Théâtre des Champs-Élysées propose une nouvelle production du Macbeth de Verdi. Comment relever le défi, voire la gageure, de mettre en scène aujourd’hui les opéras de Verdi, tout particulièrement ceux dont la dimension historique est marquée ? Certains, assumant le choix de la transposition moderne, s’y sont essayés avec succès.

Le metteur en scène Mario Martone refuse ici de choisir entre abstraction et histoire et présente dès lors un ensemble hétéroclite. Dès la scène d’ouverture le spectateur est confronté à une dichotomie qui traverse toute la production : un immense plateau, aussi profond que le noir mat qui l’habite, et Macbeth et Banquo en costumes d’époque. Tout au long de l’opéra on verra ainsi des espaces, géométriques, abstraits, délimités par des arches lumineuses ou par la lumière elle-même (on saluera à ce sujet le beau travail de Pasquale Mari) cohabiter avec un réalisme historique maladroit (le banquet de l’acte 2, les fossoyeurs de l’acte 4 et même des chevaux !).

Alors que l’abstraction tendrait à faire de l’action un drame intime, purement psychologique, l’encrage historique la ramène à un événement du passé de l’Écosse. Ce heurt est particulièrement flagrant lors de la projection vidéo dans la scène de délire de Macbeth (acte 3, scène 3). Les vidéos ne semblent d’ailleurs qu’un sacrifice à la modernité et un moyen facile pour montrer les visions de Macbeth.

Mario Martone fait le choix judicieux d’accorder aux sorcières une place centrale. Trois d’entre elles ont même un rôle muet et ne portent donc pas la robe de leurs consœurs. Pourquoi, dès lors ne pas assumer complètement ce choix et ne pas les avoir complètement dévêtues ? De même pourquoi imposer au chœur des sorcières de chanter allongées sur le plateau, longuement immobiles, dans des poses sûrement aussi inconfortables pour elles que pour l’œil du spectateur ?

Vincent Pontet

La voix de Susanna Branchini dans le rôle de Lady Macbeth n’est pas en soi des plus agréables et la tenue de l’émission souffre de quelques aléas. Mais qu’importe si la prise de rôle avait été habitée ! Or, Susanna Branchini ne parvient pas à susciter l’émotion : jamais cette Lady Macbeth n’effraie ni ne séduit. Son personnage est pourtant le moteur de l’action mais reste sur scène un simple rôle, un peu désincarné.

Roberto Frontali dispose quant à lui des moyens vocaux pour assumer le rôle de Macbeth mais, dans une moindre mesure, le même problème se rencontre : on n’y croit jamais vraiment non plus, que ce soit dans les moments d’exaltation ou d’effondrement du personnage.

Jean-Fraçois Borras dans le rôle de Macduff parvient enfin à susciter une réelle émotion dans son air « O figli ! O figli miei ! » (acte 4, scène 1). Le public ne s’y trompe pas : le chanteur fut plus applaudi à la fin de son air et lors des saluts que les deux rôles titres… Dans l’ensemble, les seconds rôles jouissent d’une bonne distribution à la fois vocale et dramaturgique : Andrea Mastroni dans le rôle de Banquo et Sophie Pondjiclis dans celui de la Dame d’honneur.

Le Chœur de Radio France offre une prestation honorable, mais inégale. Si « Patria oppressa » (acte 4, scène 1) est l’occasion d’un bel ensemble, « Schiudi, inferno » (acte 1, scène 19) manque de retenu : la puissance n’exige pas le cri. De plus, les déplacements dans l’espace ne sont pas correctement réglés et créent sur le plateau des dissymétries nettement visibles. Le chœur n’en est pas la seule victime puisqu’à de nombreuses reprises Susanna Branchini n’est tout simplement pas dans la lumière et sa valse avec Macbeth est bien maladroite.

L’Orchestre National de France sous la direction assurée, voire ferme, de Daniele Gatti assure une bonne prestation et semble évoluer en terrain connu. Seule l’oreille trouve donc dans la fosse de quoi lui plaire car la mise en scène manque d’une lecture de l’œuvre de Verdi (comme de celle de Shakespeare), d’une vision qui permettrait de lier les différentes propositions scéniques, visuelles, dramaturgiques qui y cohabitent et parfois s’y bousculent sans réellement entrer en harmonie et faire résonance chez le spectateur.

Opéra en quatre actes (version de 1865). Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei,d’après la tragédie éponyme de Shakespeare. Direction Daniele Gatti, mise en scène et scénographie Mario Martone, costumes Ursula Patzak, chorégraphie Raffaella Giordano, lumières Pasquale Mari. Orchestre National de France, Chœur de Radio France direction Stéphane Petitjean. Photo de Vincent Pontet.

Au Théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 16 mai.

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Publié le 11/05/2015


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