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You are my destiny (Lo stupro di Lucrezia), Angélica Liddell

Révélée en 2010 dans la cour du Cloitre au Festival d’Avignon avec La Casa de la Fuerza, Angelica Liddell continue depuis d’enflammer les scènes qu’elle habite. À Paris, c’est le théâtre de l’Odéon qui accueille chacune de ses créations, nous l’avons laissée la saison dernière avec le bouleversant Todo el cielo sobre la tierra (El síndrome de Wendy), elle revient aujourd’hui avec You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia), nouvelle pièce qui a commencé sa tournée au Théâtre National de Croatie avant d’être présentée au Festival International Mettre en Scène à Rennes.

C’est presque timide qu’Angélica Liddell apparait devant le rideau de scène, dans une grande robe de princesse. Un petit papier dans la main, elle nous raconte son dernier voyage à Venise, là où elle avait écrit La Casa de la Fuerza, ville qu’elle redécouvre anxieuse quelques années plus tard. Elle y rencontre trois fantastiques chanteurs Ukrainiens qui interpréteront en live la musique du spectacle. Inspiré par Le Viol de Lucrèce de Sheakspeare, You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia) met en jeux une vingtaine d’hommes, comédiens, chanteurs et enfants dans un grand et impérieux décor : la façade du Palais des Doges à Venise.

Principalement en lisière du plateau, Angélica Liddell n’en reste pas moins maitresse de notre attention. Elle va mener ces comédiens vers des états d’abandon total, livrer chacun à la souffrance physique et transformer le plateau en exutoire émotionnel. À travers de nombreux tableaux, les comédiens vont s’adonner corps et âme, livrant des séquences fascinantes et douloureuses, comme taper contre des tambours jusqu’à ne plus avoir de force dans les bras, s’asseoir en équerre contre un mur pendant un très long quart d’heure, ou laver le sol en se fouettant le dos avec des torchons humides. Grands, forts, barbus, virils, les dix hommes sont ici malmenés, prêt à subir les conséquences du viol de Lucrèce.

Composé d’images fortes et ambitieuses, You Are My Destiny (Lo stupro di Lucrezia) est pourtant moins puissant et saisissable que les précédents Todo el cielo sobre la tierra (El síndrome de Wendy) et La Casa de la Fuerza. Angélica Liddell construit sa longue performance avec des symboles pas toujours identifiables, parfois équivoques, mais nous transporte également par des moments de fulgurance où l’énergie déborde à profusion du plateau. Descendra alors du ciel une carcasse de voiture sur laquelle trône le cadavre d’un lion ailé, celui qu’on devine surplomber la Place Saint-Marc, signe d’une Venise prête à renaître de ses cendres.

Vu au à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Texte, mise en scène, scénographie et costumes, Angélica Liddell. Avec Joele Anastasi, Ugo Giacomazzi, Fabián Augusto Gómez Bohórquez, Julian Isenia, Lola Jiménez, Andrea Lanciotti, Angélica Liddell, Antonio L. Pedraza, Borja López, Emilio Marchese, Antonio Pauletta, Isaac Torres, Roberto de Sarno, Antonio Veneziano. Chœur ukrainien, Free Voice (Anatolii Landar, Oleksii Ievdokimov, Mykhailo Lytvynenko). Lumière, Carlos Marquerie. Son, Antonio Navarro. Photo de Brigitte Enguerand.

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Publié le 07/12/2014


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