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© Elina Giounanli

6 a.m. How to disappear completely, Blitz Theatre Group

Les spectacles du Blitz Theater Group se font l’écho d’un monde dévasté, une Europe en ruines. Reflet noir et anxieux d’une époque, qui contraste avec une forme d’espoir, la lueur qu’apporte la pensée, la parole et le geste au plateau.

Cette fois, ça commence par un énorme bourdonnement sonore, lors de l’entrée du public. Un énorme drône, menaçant. Puis, une femme apparait, seule, en avant scène, une hache à la main. Elle se balance, courbée, tenant à peine sur ses jambes, comme rescapée d’un ouragan, épuisée, à bout de forces. Elle déclame alors un long texte obscur, dans une langue aux accents anciens, qu’on croirait extraite d’une tragédie antique. Un texte mystérieux, évoquant la traversée de contrées, de hauteurs, le vent du nord et les dieux de la mort. Une langue très poétique, des questions existentielles, et une atmosphère de fin du monde.

À ce long prologue succède une séquence d’autant plus étrange, où une machine métallique, qui pourrait faire penser à une vieille parabole, installée sur un charriot à roulettes, se meut, seule en scène. Elle lance des signaux lumineux, des flashs fréquents accompagnés de bruits électroniques toujours plus obscurs, tandis que les sous-titres traduisent pour le public ce qui apparait alors comme un langage. La machine raconte, parle des humains au passé.

À ce moment de la pièce, impossible de savoir : où sommes nous ? À quelle époque nous situons-nous ? La suite nous permettra progressivement d’oublier ces questions, de laisser notre imagination et notre esprit divaguer, et de mettre de côté nos repères rationnels.

Le rideau à l’avant scène finit ainsi par tomber, pour laisser apparaitre une succession de tableaux, dans un monde post-apocalyptique. Un dispositif scénique fait de barres de métal, immense échafaudage dégingandé, un sol terreux, sale, des plaques de tôle métalliques et des humains en K-Way, qui s’activent. Ils lancent des pierres au ciel, crient, se pendent, font évoluer les structures de métal. Ils semblent se livrer à des sortes de rituels, s’adresser à des dieux hostiles, chercher à comprendre les codes de ce monde dans lequel ils survivent, tant bien que mal. Alors que le bourdonnement sonore évolue, toujours aussi menaçant, angoissant. Et le texte entamé lors du prologue revient, entonné par les performers au plateau, les uns après les autres.

Pas de doute, l’esthétique très forte de ce monde étrange renvoie à un imaginaire catastrophique, post industriel. On pense à McCarthy, Tarkowski – inspiration revendiquée par le Blitz – des univers où l’humain est réduit à l’errance et ne peut chercher refuge que dans le spirituel, le symbolique.

On peut saluer la chorégraphie minutieuse de l’évolution de ce groupe d’individus dans l’espace scénique. Tableau après tableau, leurs rites étranges envahissent la scénographie, la transforment dans un mouvement continu, très orchestré, et procurent un véritable effet hypnotique. Une sorte de danse macabre dans laquelle on ne peut que se laisser porter. Des images qui s’impriment dans la cornée.

La poésie grandiloquente du texte, obscure et oraculaire peut cependant laisser perplexe. Mais nous ne sommes pas là pour comprendre visiblement. Si l’on en suit ses principes fondateurs, le Blitz nous invite en effet à douter, ne pas s’arrêter sur nos certitudes. La perplexité du spectateur semblerait être un miroir de la vision du monde de Yorgos Valaïs, Angeliki Papoulia et Christos Passalis : la perplexité de l’homme face à un monde en perpétuel changement. Une invitation à disparaitre ? Disons plutôt, à laisser disparaitre un certain mode d’existence…

Vu au Nouveau Théâtre de Montreuil. Mise en scène Blitz Theatre Group. Dramaturgie Stefanie Carp et Angelos Skassila. Avec Aris Armaganidis, Aris Balis, Michalis Kimonas, Angeliki Papoulia, Christos Passalis, Areti Seintaridou, Yorgos Valais. Lumière Tasos Palaioroutas. Son Coti K. Scénographie Efi Birba. Costumes Vassilia Rozana. Chorégraphie Yanis Nikolaidis. Photo © Elina Giounanli.

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Publié le 27/02/2017


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